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“Skam France”, saison 7 : l’angoisse du déni de grossesse

Temps de lecture : 3 min

“Skam France”, saison 7 : l’angoisse du déni de grossesse

Visuel de la série “Skam” France. © Skam France/France.tv-Slash

« Même si vous n’avez rien senti pendant neuf mois vous avez crée un être humain. » La gynécologue de la série Skam France n’y va pas par quatre chemins : Tiffany (Lucie Fagedet), élève de terminale, souffre d’un déni de grossesse. Aucun symptôme et pourtant, un enfant est né. Après avoir abordé des sujets comme le handicap ou l’addiction à travers le quotidien d’adolescents, c’est à l’expérience méconnue du déni de grossesse que s’attaque la cette fiction, disponible sur France.tv-Slash 

La philosophe Simone de Beauvoir considère que toute grossesse est déjà un drame. Mais que dirait-elle du déni de grossesse ? Le fœtus indétectable se développe en coulisses : le drame est silencieux, imperceptible. Ce phénomène naturel prend alors une dimension paranormale. Pour désigner le fœtus, Beauvoir parle d’un « parasite », la série évoque un « alien ». La grossesse est – littéralement – une alién(ation).  

La honte 

Skam est l’adaptation française d’une série norvégienne du même nom. En norvégien, ce mot se traduit par « honte ». Et c’est ce sentiment qui domine lors du retour de Tiffany au lycée. Sa honte à elle, que l’on « pourrait traire comme une vache », à cause de ses montées de lait et celle exprimée brutalement par sa mère : « Oui, pour répondre à ta question, j’ai honte ». Pourtant, le cas de Tiffany n’est pas isolé. 

Le déni de grossesse concerne environ 1 600 femmes en France chaque année, de tous âges et de tous milieux. Comme le détaille la thèse de la psychiatre Élise Humeau publiée en 2018, le symptôme du déni de grossesse, c’est l’absence de symptôme. Seules 26 % des femmes victimes d’un déni ont une aménorrhée (arrêt des règles), elles ne sont que 22 % à avoir des nausées, et 38 % de celles qui consultent un médecin ne sont pas reconnues comme enceinte. Le déni est contagieux. 

Un drame silencieux  

Simone de Beauvoir, dans le Deuxième Sexe (1949), définit la grossesse comme « un drame qui se joue chez la femme entre soi et soi ». Il se déroule en trois actes : d’abord, la découverte de la grossesse et son lot de « vomissement », « diarrhées, travail d’expulsion [qui] manifestent toujours le même mélange de désir et d’angoisse ». Puis la période ou le fœtus est « solidement installé dans le ventre maternel. ». Le dernier acte marque la séparation à venir entre la mère et son enfant. Le dénouement, ce « coup de pied frappé aux portes du monde », se prépare. 

Mais dans le cas d’un déni de grossesse, le « drame » n’a pas vraiment lieu. Où plutôt, il se déroule en cachette, sans tapage. Dans la série, la gynécologue explique à Tiffany que le fœtus s’est enroulé autour de sa colonne vertébrale. Cette position l’a rendu invisible.  

Le fœtus, cet « alien »

Pour Beauvoir, dans la grossesse, le fœtus est une partie du corps de la femme mais c’est aussi  « un parasite qui l'exploite  (…) ». Avec le déni de grossesse, cette comparaison – terrible – raisonne avec force. Jo (Louise Malek), une camarade de Tiffany, fait le rapprochement entre le fœtus et le film Alien : « C’est quand même fou ces histoires de déni de grossesse. […] Askip [à ce qu’il paraît] y a des meufs, elles avaient un ventre tout plat, et quand elles ont appris qu’elles étaient enceinte, paf ! ça a gonflé d’un coup, comme dans Alien. » En effet, lorsque les femmes apprennent leur grossesse, le ventre peut se mettre à grossir en quelques heures. 

La comparaison avec Alien fait écho à l’expérience de l’aliénation de la femme enceinte décrite par Beauvoir : « Un polype né de sa chair et étranger à sa chair va s’engraisser en elle ; elle est la proie de l’espèce qui lui impose ses mystérieuses lois et généralement cette aliénation l’effraie ». Le fœtus invisible, étranger à la femme, la rend étrangère à elle-même. 

Le corps peut donc « faire un enfant dans le dos » des femmes : au sens figuré comme au sens propre, lorsqu’il s’installe le long de la colonne vertébrale. Mais la série Skam, en donnant de la visibilité à cette expérience, permet de sortir du « déni du déni » : premier pas pour faire en sorte que si drame il y a, il ne soit plus vécu dans la solitude et la honte. 

 

Les sept saisons de Skam France sont visibles sur le site France.tv/Slash

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