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Sur Internet, faire parler les citoyens silencieux

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Sur Internet, faire parler les citoyens silencieux

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Les « Facebook Files » sont des documents internes à l’entreprise Facebook, aujourd’hui rebaptisée Meta. Ils ont été envoyés à la presse par Frances Haugen, une ex-employée du réseau social ayant démissionné pour endosser le rôle de lanceuse d’alerte. On y découvre qu’en interne, l’entreprise est consciente des risques qu’elle fait encourir au débat public – sans faire de véritables efforts pour les enrayer. Parmi eux, celui de ne laisser la parole qu’aux utilisateurs les plus radicaux… Comment permettre aux nuancés de s’exprimer ? Analyse. 

 

En exploitant les « Facebook Files », Le Monde raconte un phénomène significatif : la crainte de s’exprimer de la majorité des utilisateurs sur les questions politiques. Sur les vingt participants d’une étude réalisée en interne par le réseau social, dix-neuf avouent « se sentir limités dans leur capacité à utiliser leur voix ». La raison ? La peur de subir des insultes et l’impression que ceux qui s'expriment sont les plus virulents, ceux qui tiennent les positions politiques les plus extrêmes. Bref, l’agora numérique de Facebook semble être accaparée par ses plus féroces utilisateurs, une tendance sur laquelle nous avions déjà enquêté dans notre numéro de décembre 2020.

Mais comment être sûr que ceux qui restent muets ne sont pas tout simplement moins intéressés par les débats politiques que leurs pairs plus bavards ? En étudiant l’activité en ligne et les articles consultés, le réseau social a pu d'après Le Monde mettre en évidence l’existence de nombreux « citoyens silencieux » (« silent civic »), des individus qui interagissent fréquemment avec des contenus politiques mais ne prennent jamais la parole. Ils sont dits citoyens car ils s’intéressent manifestement à la vie publique, mais restent muets et n’usent pour ainsi dire pas de leur pouvoir de s’exprimer. Si vous avez découvert cet article par l’intermédiaire de Facebook, il y a de bonnes chances que vous soyez donc concernés.

 

Peut-on être citoyen et silencieux ?

Le terme de « citoyen silencieux » interroge : un citoyen, qu’on associe souvent au vote, n’est-ce pas tout le contraire du silencieux, puisqu’il est censé participer à la vie de la cité ? Ce problème ressemble à une contradiction : peut-on être citoyen et silencieux ? Pour répondre, revenons aux racines du mot. Dans Politique, Aristote définit le citoyen comme celui qui peut exercer une fonction de juge et de délibération (krisis) ou de commandement (arkhè). Autrement dit, est citoyen celui qui a le droit de participer à la vie politique, sans considération de ce qu’il fait effectivement. Cela correspond d’ailleurs à l’étymologie latine (civitas) et au droit français : est citoyen celui qui dispose de droits politiques. Donc, un citoyen serait en puissance et non en acte : il n’aurait pas à parler pour mériter son statut, il resterait citoyen même s’il n’use jamais de son pouvoir et s’abstient à chaque élection jusqu’à sa mort.

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