Biologie

“Symbiogénèse”, une autre histoire de la vie

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“Symbiogénèse”, une autre histoire de la vie

Vue au microscope de l’algue haptophyte marine “Braarudosphaera bigelowii”, avec une flèche noire pointant vers l’organite nitroplaste. © Tyler Coale

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Une algue et une bactérie ont fusionné pour former un nouvel organisme : c’est ce que révèle une étude récente menée par une équipe du Berkeley Lab. L’occasion d’interroger la notion de symbiogénèse, qui connaît depuis quelques décennies un fort regain d’intérêt.


 

À la frontière entre les règnes, c’est une nouvelle forme de vie qu’a découvert, il y a peu, une équipe du Berkeley Lab, aux États-Unis : un nouvel être, résultat de la fusion de deux organismes, une algue d’une part (Braarudosphaera bigelowii) et une bactérie de l’autre (la cyanobactérie UCYN-A). Entrelacés l’un à l’autres, les deux forment une entité inextricable. Plus précisément, la petite bactérie est devenue, pour la plante, un organite pérenne – un élément cellulaire assurant une fonction déterminée. En l’occurrence, l’organite d’origine bactérienne permet d’extraire l’azote de l’environnement et de le convertir en une forme utilisable pour le métabolisme de l’organisme. Beaucoup de végétaux ont besoin de fixer l’azote et hébergent, à cet effet, diverses bactéries qui remplissent ce rôle à leur place. Mais dans le cas de Braarudosphaera bigelowii, on ne peut parler simplement d’hébergement : la fonction bactérienne est fondue dans son être. 

Degré extrême de collaboration

La découverte de cet étrange organisme est un nouvel exemple flagrant de ce qu’il est convenu d’appeler la symbiogénèse, du grec syn (σύν), « avec, ensemble », bios (βίος), « vie », et genesis (γένεσις), « origine, genèse ». Pablo Servigne et Gauthier Chapelle définissent la notion en ces termes dans L’Entraide. L’autre loi de la jungle (2017) : « Deux organismes peuvent fusionner pour former un nouvel être. » Il ne s’agit pas d’une simple symbiose. Les cas de coexistence symbiotique sont innombrables dans le monde vivant ; mais les entités ainsi associés restent, en général, individuelles et séparables (quand bien même la séparation pourrait conduire à la mort d’un ou des deux organismes). Or dans le cas de la symbiogénèse, l’association fond jusqu’à rendre indissociables les deux êtres pour former un nouvel organisme. La symbiose est inextricable et permanente : elle est reconduite d’emblée dans les nouvelles générations issues de la reproduction ou de la division.

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