Archéologie
Tartessos : sur les traces de l’Atlantide ?
Tablette d’ardoise du site tartessien de Casa Del Turuñelo. © CSIC
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Un fragment d’alphabet gravé sur une tablette d’ardoise comportant des lettres inconnues a été récemment découvert en Espagne. Les vingt-et-un signes appartiennent, affirment les archéologues, au système d’écriture de la civilisation du Tartessos, qui exerçait une influence majeure dans la région au cours du Ier millénaire av. J.-C., au point d’être identifiée à l’Atlantide ! Explications.
Civilisation semi-légendaire, le Tartessos a connu son essor dans l’Espagne du Ier millénaire avant notre ère, sans doute autour de l’embouchure du fleuve Guadalquivir à l’ouest du détroit de Gibraltar, avant de s’éteindre dans des circonstances relativement obscures, autour du Ve siècle av. J.-C. À peu près à l’époque de sa disparition, Hérodote mentionne le Tartessos comme une civilisation prospère, ouverte sur le commerce maritime. Il raconte que des marins grecs « passèrent les colonnes d’Hercule et arrivèrent à Tartessos, sous la conduite de quelque dieu. Comme ce port n’avait point été jusqu’alors fréquenté, ils firent, à leur retour, le plus grand profit sur leurs marchandises qu’aucun Grec que nous connaissions ait jamais fait ».
Des siècles plus tard, le souvenir du Tartessos persiste timidement. Le géographe et historien antique Strabon évoque la cité dans sa Géographie : « Anciennement, à ce qu’il semble, on désignait le [fleuve] Baetis sous le nom de Tartessos […] On croit aussi que, comme le Baetis a une double embouchure et qu’il laisse un grand espace de terrain entre ses deux branches, les anciens avaient bâti là dans l’intervalle une ville nommée Tartessos […] qui avait donné à toute la contrée […] le nom de Tartesside. » Mais au fil du temps, le Tartessos tombe dans l’oubli. C’est au début du XXe siècle qu’il commence à attirer à nouveau l’attention. La description d’une cité riche et puissante située au-delà des colonnes d’Hercule n’évoque-t-elle pas, à bien des égards, la description de l’Atlantide ? Dans le Critias, Platon (qui écrit peu après la disparition de la civilisation tartessienne) relate : « Dans le partage du monde, Poséidon avait obtenu l’Atlantide, île immense située au-delà des colonnes d’Héraclès. Il y installa cinq couples de fils jumeaux qu’il avait eus de Clito, la fille du roi du pays. Ce roi habitait une montagne située au milieu d’une vaste plaine. Poséidon la fortifia en creusant autour trois enceintes circulaires concentriques, deux de terre et trois de mer, et fit jaillir au milieu de l’île deux sources abondantes, l’une d’eau froide et l’autre d’eau chaude. » L’archéologue et philosophe allemand Adolf Schulten (1870-1960) en est persuadé : la mythique civilisation atlante est celle qui habitait le Tartessos.
Schulten mène des fouilles dans la région qui, à défaut de prouver sa théorie, améliorent la compréhension de la culture tartessienne. Il reste cependant convaincu de sa théorie. Dans Tartessos (1922), il écrit : « Les coïncidences entre Tartessos et l’île de l’Atlantide sont trop remarquables pour être des coïncidences. » Il liste les éléments de similitude : « L’Atlantide est située sur une île de l’océan Atlantique, avant d’atteindre les piliers d’Hercule, à proximité de Gadès [aujourd’hui Cadix]. Tartessos se trouvait également au-delà des piliers et près de Gadès, et était construite sur l’île formée par les deux bras de son fleuve. » D’autre part, « la richesse des Atlantes consistait principalement dans les trésors de métal » (l’orichalque) ; « ce fait très particulier […] s’applique à Tartessos comme à aucune autre ville », affirme Schulten, qui poursuit : « La cité des Atlantes se dresse sur une vaste plaine allongée, ouverte au sud et entourée de hautes montagnes sur les autres côtés ; ces montagnes descendent abruptement dans la mer et protègent la plaine au nord. Cette description correspond à Tartessos. »
Schulten recense encore d’autres ressemblances troublantes : « La thalassocratie […] ; la ville ceinte de fortes murailles et de tours ; les ports et les arsenaux ; le temple sur la mer […] ; la richesse du pays en produits naturels de toutes sortes, plantes et animaux, surtout en taureaux… » On pourrait relever d’autres indices. Les Atlantes étaient descendants de l’union de Poséidon, dieu de la mer, avec une autochtone. Les Tartessiens historiques, évidemment, n’étaient pas une progéniture divine. Mais ils sont considérés comme le produit d’un mélange entre les populations indigènes et des migrants issus d’un peuple d’éminents navigateurs, dont les marchands sillonnaient toute la Méditerranée : les Phéniciens.
Si les similitudes intriguent, il semble pourtant impossible de conclure – à savoir, d’identifier avec certitude Atlantide et Tartessos. Nous en savons trop peu, de l’une comme de l’autre. Peut-être la découverte récente d’un alphabet permettra-t-elle de percer un peu plus avant les mystères de l’antique civilisation tartessienne ?