Hors-série "Stoïcisme"

Thomas Bénatouïl : une invitation à systématiser nos vies

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Cet article est issu du Hors-série n°n° 49 de Philosophie magazine « Stoïcisme - Construire sa citadelle intérieure », en kiosque le 06 mai 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le stoïcisme est la première philosophie à se présenter comme un « système ». Il vise à observer, guider et systématiser nos usages de nous-mêmes et de tout ce qui nous environne – et à mieux comprendre ce qui arrive. Son regain contemporain prend notamment la forme d’applications diverses, des thérapies cognitives comportementales (TCC) au développement personnel.

 

Le stoïcisme est une philosophie pratique. Est-ce pour cela qu’il nous parle encore aujourd’hui ?

Effectivement, les recommandations de Sénèque à Lucilius, d’Épictète à ses élèves ou de Marc Aurèle à lui-même, semblent pouvoir s’appliquer facilement à nous. Même si nous vivons dans un monde complètement différent, la question de savoir si l’on doit craindre ou espérer un événement, se réjouir ou s’attrister de ce que fait autrui, paraît intemporelle. Peut-être aussi le stoïcisme nous parle-t-il parce que l’on sent qu’il s’adresse à tout le monde, qu’il ne présuppose pas une certaine profession ou une certaine éducation, contrairement à d’autres philosophies. Cependant, même pour ces stoïciens de la vie quotidienne, la philosophie ne peut pas nous aider sans mobiliser toute une doctrine, y compris à propos du monde (physique) et de la pensée (logique). Le stoïcisme est même la première philosophie à se présenter comme un « système ». Son originalité, ce n’est pas de se tourner vers la pratique ou le quotidien, c’est plutôt de croire que l’on peut systématiser notre vie.

 

L’opposition stoïcienne entre ce qui dépend de nous et ce qui n’en dépend pas est bien connue. Mais qu’est-ce qui dépend vraiment de nous ?

C’est Épictète qui met cette distinction au centre de son éthique. La distinction est absente chez les stoïciens antérieurs, même s’ils en ont élaboré certaines prémisses. Ce qui dépend de moi est réduit par Épictète à la manière dont je juge ce que je perçois et dont ce qui arrive m’affecte. C’est en effet la seule chose qui dépend par nature de moi, donc je peux être sûr que ce sera toujours sous mon contrôle. Mon corps dépend le plus souvent de moi, mais si je tombe malade ou si je suis jeté en prison, c’est fini.

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