Hors-série “Le Seigneur des anneaux”

Tolkien : races et histoires

Temps de lecture : 10 min

Elfes © Warner Bros Pictures Diltz/ Bridgeman Images – Orques © Warner Bros Pictures Diltz/Bridgeman Images – Nains © Diltz/Bridgeman Images

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Cet article est issu du Hors-série n°N° 54 de Philosophie magazine « “Le Seigneur des anneaux”. Le mythe Tolkien », en kiosque le 21 juillet 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Dans l’univers tolkiénien, les Humains cohabitent avec d’autres êtres doués de raison. Une invitation à décentrer le regard et penser autrement notre rapport à la mortalité.

 

Les Nains

Ceux-ci ont été conçus secrètement par le Vala Aulë, qui « désirait si fort la venue des Enfants pour avoir des apprentis auxquels il pourrait enseigner son savoir et ses talents qu’il ne voulut pas attendre l’accomplissement des plans d’Ilúvatar » (Le Silmarillion) Mais Aulë est incapable de créer – de donner naissance à un esprit libre – comme lui explique Eru lorsqu’il apprend l’existence des Nains : « De moi tu as reçu le don de l’existence, pour toi seul et rien de plus, par conséquent les êtres créés de ta main et de ton esprit ne peuvent vivre que de ta seule existence, bouger lorsque tu penses à les faire bouger, rester comme morts lorsque ta pensée est ailleurs. » Aulë tente de justifier le sens de son désir créateur, qui n’est pas un désir de puissance, comme chez Morgoth : « J’ai recherché des êtres différents de moi, afin de les aimer et de les enseigner, qu’ils puissent eux aussi percevoir la beauté de Eä […] Mon impatience m’a conduit à la déraison. Pourtant, le désir de créer m’a été donné par toi qui m’as créé et l’enfant ignorant qui se fait un jeu des exploits de son père ne croit pas se moquer, mais pense qu’il est le fils de son père. » Le Vala décide alors de détruire son œuvre… mais remarque que « les Nains [sont] pris de peur » et implore la pitié. « Ne vois-tu pas que ces êtres ont désormais une vie indépendante et qu’ils parlent de leur propre voix ? Sinon ils n’auraient pas reculé devant tes coups ni devant ta volonté », lui dit Eru. L’Unique a pris « pitié d’Aulë et de son désir, à cause de son humilité ». Les Nains entrent dans l’histoire du monde, mais s’éveilleront après les Elfes. Comme leur « créateur » Aulë, ils seront de très habiles artisans. Mais, d’une origine différente par rapport aux Enfants d’Ilúvatar, ils resteront en général à l’écart de l’histoire, vivant dans le secret de leurs « salles de pierre », creusant les profondeurs des montagnes.

 

Les Ents

Chez les Saxons, le mot « ent » signifie « géant ». Après le départ des Romains, ils désignaient les ruines architecturales, à leurs yeux titanesques, laissées par leurs conquérants sous le nom d’« eald enta geweorc », « vieil ouvrage des géants ». Tolkien y trouve son inspiration pour les Ents, « bergers des arbres », qui sont créés par Ilúvatar, à la suite d’une prière de la Valië Yavanna, compagne d’Aulë : « Les [animaux] peuvent s’enfuir ou se défendre, alors que les [plantes] qui poussent dans la terre en sont incapables. Et, parmi les plantes, j’aime tellement les arbres : ils grandissent si lentement, ils tombent si vite, et ceux qui ne paient pas leur tribut en portant des fruits ne sont pas regrettés longtemps. Voilà ce que je pense. Que les arbres puissent parler pour tout ce qui a des racines, et punir ceux qui leur font du tort ! » (Le Silmarillion). On croirait entendre Tolkien : « J’aime (évidemment) les plantes, et surtout des arbres, et je l’ai toujours été […] Chaque arbre a son ennemi, peu ont leur avocat. (Trop souvent la haine est irrationnelle : une peur de tout ce qui est grand et vivant, et difficile à apprivoiser ou à détruire […]) » (Lettres).

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