Tous cosmopolites ?
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Cet article est issu du numéro 77 de Philosophie magazine « 77 - Mars 2014 », en kiosque le 20 février 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Esprit de Kant, es-tu (encore) là ? Il semblerait : aujourd’hui, son cosmopolitisme, dont la pièce maîtresse est le Projet de paix perpétuelle (lire le cahier central), demeure une précieuse boussole pour de nombreux penseurs qui cherchent à rénover l’Union européenne ou à penser une gouvernance mondiale non inféodée aux diktats du marché. Commençons, en cette période d’élections, par l’Europe. Le philosophe Jean-Marc Ferry revendique l’héritage kantien et estime que l’Union européenne doit être conçue, et approfondie dans le sens d’une « union cosmopolitique ». Qu’est-ce à dire ? Le projet européen implique une optique « post-étatique » ; la pluralité des États nations est transcendée par une unité de nature essentiellement politique. Selon Ferry, le ciment de l’Union ne renvoie pas à de supposées racines chrétiennes ou culturelles ; il réside dans l’acceptation « des principes et des règles de l’État de droit démocratique ». Conséquence : les frontières de l’Union pourraient être élargies à des pays comme la Turquie ou l’Ukraine, dès lors que les principes de la liberté et des droits de l’homme y sont constitutifs. Quant au modèle institutionnel à prévoir, il ne tend pas vers la création d’un grand État fédéral européen qui engloberait et mettrait au pas les souverainetés nationales. À rebours de cette vision, portée notamment par Habermas, Ferry plaide pour une fédération régie par un « cosmopolitisme processuel » : la concertation entre les États devrait être permanente, et les politiques publiques coordonnées de manière plus étroite encore. Enfin, il s’agit de renforcer le domaine du droit cosmopolitique au sens strict, soit la possibilité pour les citoyens de l’Union de s’installer librement dans n’importe quel pays membre, de participer à la vie politique ou fiscale… On le voit : le lien transnational s’établit sur des bases juridiques, dans la lignée de Kant qui déclarait à propos de son cosmopolitisme : « Il ne s’agit pas de philanthropie, mais de droit. »