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Trois faits d’actualité commentés par Miguel Benasayag

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Cet article est issu du numéro 8 de Philosophie magazine « 8 - avril 2007 », en kiosque le 27 mars 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’ancien militant a choisi de revenir sur l’élection présidentielle en France et au Guatemala. Le psychanalyste commente le volet santé mentale du projet de loi sur la délinquance et s’insurge contre la logique normative de nos sociétés.

Politique / Le 1er février2007 / José Bové se lance dans la course à l’Élysée

« Le vrai pouvoir ne loge pas dans le pouvoir central d’État »

José Bové est un ami, mais je considère que sa candidature à l’élection présidentielle est une erreur. Prendre le pouvoir n’est pas la meilleure voie pour appliquer les changements qu’on souhaite voir se réaliser dans une société. Le pouvoir central, la gestion d’une société, et le changement d’une société sont deux choses différentes. Le vrai « pouvoir » ne loge pas dans le « pouvoir » central d’État, dans la gestion politique d’une nation. C’est par des faisceaux multiples de micro-pouvoirs qu’une société évolue. Le modèle en la matière est celui du mouvement féministe, qui a changé la face du monde sans jamais viser le pouvoir. Pour changer les choses, la société civile doit créer elle-même les conditions de possibilité du renversement de nos représentations. Le pouvoir central n’est là ensuite que pour accompagner, de gré ou de force, ces mouvements. Les problèmes fondamentaux que sont ceux de l’écologie, de la médecine ou encore de la démographie doivent se repenser depuis la base sociale. À ce niveau, on a besoin de gens comme José Bové. Son erreur, en se présentant à la prochaine élection, est de refonder des espoirs dans la puissance du pouvoir central. Ce que José Bové représente aujourd’hui comme hypothèses de sociétés n’est pas assez répandu dans la base sociale pour être représenté par un élu. Des décrets de lois ne peuvent pas imposer des changements, y compris progressifs, à une société qui n’est pas prête à les accepter – et quand c’est le cas, la dérive dictatoriale n’est pas loin. Prenons un exemple qui me tient à cœur : l’homoparentalité. Je suis pour, mais on n’imposera pas cela par une loi si la société n’y est pas prête. L’homoparentalité doit d’abord devenir une réalité, ce qu’elle est en train de faire. Parce que des homosexuels s’arrangent pour procréer, adopter, etc., l’homoparentalité devient de fait une réalité. Et une réalité non seulement possible en théorie, mais compossible dans la pratique avec le reste de la réalité. Quand cette expérience sera suffisamment développée, que la société l’aura expérimentée et vu que c’est praticable, alors un élu proposera une loi. Les sociétés démocratiques ne se changent pas par des lois venues d’en haut. Ces dernières viennent seulement sanctionner des possibles dont la vie de la société a montré qu’ils étaient compossibles. C’est là le symptôme d’une société saine : une société qui essaye, qui repousse les limites, qui revient en arrière. Et quand quelque chose fonctionne, alors on peut légiférer. Dans les programmes électoraux, il n’y a que des possibles, que des hypothèses. Ce n’est qu’au niveau de la base sociale que l’on peut tester si les possibles en théorie peuvent devenir compossibles .

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