Un climat ombreux

Temps de lecture : 2 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Entre le corps passionné et le corps divin, existent deux façons de se rapporter à la chair : l’une la glorifie, fut-elle misérable, l’autre la méprise comme si elle était une illusion à dépasser, l’excrément de l’être. Dans la deuxième moitié du XVIIe, à la suite de Caravage, le peintre s’éloigne de la représentation du corps lui-même, et prend de la hauteur pour montrer une vie terrestre sans consistance, périssable et fluctuante, en opposition au ciel divin. Ce sont les guerres de religions qui ont fait germer le mépris de l’humain dans les formes artistiques, en France. À Naples, une succession d’événements traumatisants suscite cette défiance pour la vie : le Vésuve se réveille en 1631, emportant dans son éruption 4000 vies ; une révolte renverse la Vice-royauté espagnole en 1647 ; enfin, la peste emporte les deux tiers de la population en 1656. Les artistes gagnés par ce climat ombreux représentent dès lors des hommes détestables, rampant dans des ténèbres immondes. Leur seule force tient la capacité de porter leur existence comme une croix jusqu’à la délivrance finale. La foi n’est plus la force d’une âme capable de s’élever d’elle-même, comme le suggère Guarino, mais la simple espérance d’une récompense dans l’au-delà. La vie terrestre sombre dans un cauchemar sans espoir. 

Cet article est réservé aux abonnés