Exposition

“Giovanni Bellini. Influences croisées”. L’art et la madone

Temps de lecture : 2 min

“Giovanni Bellini. Influences croisées”. L’art et la madone

Giovanni Bellini, La Dérision de Noé, vers 1513-1515, huile sur toile, 103 x 157 cm, Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie, Besançon, © Leonard de Selva/Bridgeman Images

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 168 de Philosophie magazine « Transclasses. Sommes-nous déterminés par nos origines sociales ? », en kiosque le 23 mars 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

À Paris, le musée Jacquemart-André présente jusqu'au 17 juillet la première grande exposition consacrée à l'artiste vénitien de la Renaissance. L'occasion de (re)découvrir l'œuvre de celui que l’on présente souvent comme l’« inventeur » de la peinture moderne.

 

Il a « inventé » la peinture moderne. Giovanni Bellini (v. 1425-1516) est à l’honneur du musée Jacquemart-André, qui présente la première exposition dédiée, en France, à ce maître italien. Bénéficiant de prêts exceptionnels, l’institution montre l’étendue de son savoir-faire et son rôle majeur dans l’histoire de l’art. Car, avec lui, la peinture bascule véritablement du Moyen Âge gothique à la Renaissance. Immensément renommé, l’artiste officiel de la République de Venise fait de son atelier un lieu prisé, en élaborant de nouvelles techniques de travail pour écouler auprès de commanditaires privés ses Madone, reproduites d’après des « poncifs » – un calque à trous permettant de reporter un dessin. Néanmoins, l’artiste forge son style, génial et syncrétique, fait d’emprunts à ses confrères italiens, flamands et byzantins, qui se croisent dans la lagune, mais aussi à son beau-frère, Andrea Mantegna. Dans le cadre d’un renouveau de la foi, d’un rapport plus intime aux figures saintes, d’une « dévotion moderne », Bellini porte une attention particulière à l’atmosphère, à la lumière et à l’air. Il peint en arrière-fond des paysages réalistes et non plus seulement symboliques. Même si les sujets peuvent paraître répétitifs, ses chefs-d’œuvre se distinguent par leur « tonalité » singulière, comme cette extraordinaire Vierge et l’Enfant conservée à la galerie Borghese, à Rome, et prêtée pour l’occasion. Excellant dans l’art de la couleur, favorisé par le développement de la peinture à l’huile et le commerce des pigments, Bellini incarne le courant dit du « colorito » opposé, dans une querelle esthétique fameuse, au « disegno » florentin. L’école vénitienne dont il est l’un des chefs de file, avec Titien ou Giorgione qui se forment dans son atelier, privilégie en effet la couleur plutôt que la ligne, l’émotion plutôt que l’idée. Bellini fait ainsi montre d’une virtuosité quasi impressionniste à la fin de sa vie, en réalisant L’Ivresse de Noé, dont la liberté d’exécution étonne encore. Le critique d’art Roberto Longhi ne s’y trompe pas, qui en fait le « premier tableau de la peinture moderne ». Louant cet « homme aux inlassables méditations, jamais las d’évoquer l’ancien, de comprendre le nouveau et de les expérimenter », l’auteur décèle dans l’héritage qu’il nous laisse « une sérénité qui s’étend à tous les sentiments éternels de l’homme », « une pacification chorale qui mélange et nuance les sentiments, de l’aube rose au coucher de soleil violet, selon l’heure du jour ».

Cet article est réservé aux abonnés