Une odeur de pourri
© Sébastien Lyky
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Cet article est issu du numéro 29 de Philosophie magazine « 29 - mai 2009 », en kiosque le 30 avril 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Ce matin-là, couché sur le canapé, j’entends la clochette de Virgule, une chatte dodue, pleine d’enthousiasme. Elle s’approche, appelle des caresses. Elle aime que je lui grattouille le menton. Elle se tord alors sur le dos, ronronne d’aise, ne boude pas son plaisir. La présence de cette chatte stimule ma bonne humeur, me repose de moi-même et du brouhaha ambiant. J’observe – sans apprendre – l’acquiescement à l’instant. Comment dit-on « ici » et « maintenant » dans le langage des chats ? C’est peut-être parce qu’ils ont le privilège de ne pas pouvoir le dire qu’ils y goûtent… Quand je suis fatigué des mots, Virgule m’apaise, incarne presque un idéal ! Elle se contente de vivre, j’en suis réduit à exister.
Un vœu : sortir du langage, des projets, de la chaîne des faux devoirs qui me séparent de l’être et fanent le présent. Mais ce vœu demeure pieux, je reste loin de moi-même, en exil, sans remède. Chez l’être parlant, l’instinct est parasité par le langage, il se dégrade en pulsion : ses objets deviennent contingents. L’individu a dès lors perdu sa spontanéité, il vit égaré, sans évidences, accroché à quelques préjugés. Ces semblants lui servent de mode d’emploi, orientent sa vie. Viennent-ils à faire défaut, le sol se dérobe sous ses pieds, l’angoisse guette.