Entretien
Une philosophe russe décrypte la protestation anti-Poutine
Centre-ville de Moscou (Russie), le 30 janvier 2021 : une unité de policiers anti-émeutes immobilise un manifestant, pour participation à un rassemblement de soutien à l’opposant Alexeï Navalny jugé illégal par le Kremlin. © Sergei Savostyanov/TASS/Sipa
Alors que la Cour européenne des droits de l’homme réclame désormais la libération « immédiate » d’Alexeï Navalny, au motif que la Russie ne respecte pas la Convention européenne des droits de l’homme dont elle est pourtant signataire, Poutine reste inflexible – et les manifestations qui ont suivi le retour et l’arrestation de l’opposant russe empoisonné continuent d’être durement réprimées. Quels sont les sentiments de ceux qui ont participé à ces manifestations ? Et quelle peut être la suite des événements ? Pour le comprendre de l’intérieur, nous avons interrogé la philosophe russe Elena Petrovsky. Née en 1962 à Moscou, elle dirige le département d’esthétique au sein de l’Institut de philosophie de l’Académie des sciences de Russie. Autrice de nombreux ouvrages, comme La Théorie de l’image, spécialiste de l’œuvre de Jacques Derrida et des penseurs français de la déconstruction, elle est engagée depuis dix ans dans l’opposition. Sévère sur l’état de l’intelligentsia russe, dont la parole n’est plus écoutée dans son pays, elle considère que la rue est le dernier espace d’expression politique dans la Russie d’aujourd’hui.