Intraduisible

Volja

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Cet article est issu du numéro 160 de Philosophie magazine « Penser, c’est dire non ? », en kiosque le 02 juin 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Langue d’origine : ukrainien

« Liberté » ou « volonté » : cette alternative se pose sans arrêt au traducteur français lorsqu’il s’agit de traduire le mot ukrainien volja, qui signifie les deux à la fois – ou du moins un peu des deux. En apparence, « arbitraire » pourrait presque convenir. Et pourquoi pas « licence » ? En réalité, loin s’en faut, souligne Andriy Vasylchenko dans le Vocabulaire européen des philosophies, dirigé par Barbara Cassin : « Le mot n’a pas du tout une connotation d’infini. Au contraire, c’est nevolja (esclavage), l’antonyme de la volja, qui existe “sans limites”. » C’est donc la domination qui est sans restriction, parce qu’elle procède du mauvais infini des désirs qui tyrannisent le tyran, lorsque celui-ci se croit maître de lui-même et des autres. La volja ukrainienne n’est pas le caprice spontané du « brigand » qui fait ce que bon lui semble. Au contraire, c’est une liberté bornée, indissociable d’une volonté éthique, responsable. Cette « liberté de l’individu est unique et inexprimable hors des limites de sa propre culture ; la vaste étendue illimitée d’un pays étranger écrase la liberté ». Pour s’épanouir, la volja a besoin de bornes, de repères géographiques, culturels, sociaux. Elle s’enracine dans une communauté. Noyée dans une « étendue illimitée », cette liberté-volonté s’évanouit.