Entretien
« Vos amis sont peut-être des zombies, et vous ne le savez pas ! »
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Cet article est issu du numéro 74 de Philosophie magazine « 74 - novembre 2013 », en kiosque le 24 octobre 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Dominante outre-Atlantique, la philosophie analytique aime à se casser la tête sur le « mind-body problem » : ou comment l’esprit pourrait-il bien naître dans un monde essentiellement physique ? Nous avons posé la question à l’un de ses principaux représentants : Jaegwon Kim.
Les liens entre corps et esprit, ce qu’on appelle le « mind-body problem », sont au cœur de la philosophie analytique contemporaine. Cette problématique se rattache-t-elle à la distinction de l’âme et du corps posée par Descartes ?
Jaegwon Kim : Descartes est considéré comme le lointain fondateur de la philosophie de l’esprit. Selon lui, le monde est constitué de deux types de substances * : les corps, étendus dans l’espace, et les âmes, existant en dehors de l’espace. Tout le problème vient de ce que nous, les hommes, sommes l’union d’un corps et d’une âme. Comment concevoir cette union entre deux substances de natures métaphysiquement distinctes ? Comment une matière étendue dans l’espace et une substance immatérielle peuvent-elles s’unifier en un tout pour former la personne humaine ? C’est un mystère qui défie la connaissance et l’imagination ; mais ce mystère est résolu dans l’usage quotidien que nous faisons de notre corps. « Nous ne sommes pas logés dans notre corps comme un pilote dans son navire », précise Descartes, c’est-à-dire que nous ne sommes pas extérieurs à ce corps que tantôt nous commandons, qui tantôt nous commande. Descartes ajoutait que c’est notre âme qui nous définit en propre et qu’elle subsiste lorsque nous perdons notre corps, dans la mort physique, par exemple. Mais, indépendamment de ce dernier point, l’articulation qu’il pose entre deux substances hétérogènes qui sont unies dans la vie est le point de départ de toute la tradition dualiste.
Peut-on être cartésien aujourd’hui ?
Voici l’argument majeur des cartésiens : certaines caractéristiques importantes de la nature humaine, telles la conscience, la rationalité ou la sensibilité morale, ne peuvent être rendues intelligibles si l’on accepte l’hypothèse selon laquelle nous sommes uniquement des assemblages de particules matérielles. Mais l’idée selon laquelle nous sommes des âmes immatérielles permet-elle de comprendre ce qu’est un homme ? Pour moi, ce n’est qu’un obstacle.