Octobre 2026
Philosophie Magazine #203
« J’accompagnerai ces images d’un peu de texte que l’on puisse ne pas lire, ou ne pas lire d’un trait. » C’est ainsi que Paul Valéry entame, en 1936, la rédaction de ses notes sur Degas. Il a fréquenté le peintre chez le collectionneur Henri Rouart quarante ans plus tôt et jusqu’à sa mort en 1917. À l’époque, il est un jeune poète de 25 ans, déjà obsédé par la vie de l’esprit et l’essence sensible de l’intelligence – Introduction à la méthode de Léonard de Vinci et La Soirée avec Monsieur Teste paraissent en 1894 et en 1896. Le musée d’Orsay a eu la belle idée de faire de cet essai méconnu de Valéry le guide de son exposition Degas (visible jusqu’au 25 février). D’où ce parfait catalogue. L’occasion aussi de rééditer en fac-similé la luxueuse édition originale d’Ambroise Vollard (1937) de Degas Danse Dessin (250 euros [Musée d’Orsay/Gallimard] ; pour toutes les bourses : jolie édition de poche en Folio) et de redécouvrir ce texte inépuisable avec ses trois « D » fortement pensés. Valéry aime Degas, ce « grand et sévère artiste, essentiellement volontaire », il aime sa rigueur et son inquiétude. Valéry est fasciné par la danse : dans le mouvement de la danseuse, il voit la naissance de l’Idée par le corps. « La connaissance a trouvé son acte », écrira-t-il plus tard. Enfin, le Dessin : entre l’œil qui voit et la main qui trace, il est « la plus obsédante tentation de l’esprit ». Chez Degas, le trait est « manière de voir la forme ». « Un art de moraliste », physique et sensible, et qui touche à l’infini.
À lire en écoutant : l’aria de ce que Valéry appelait la « miraculeuse Suite en ré majeur de Bach » (Suite pour orchestre n° 3 BWV 1068).
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