Octobre 2026
Philosophie Magazine #203
L’Héritage nu rassemble trois conférences prononcées en 1985 à l’université Columbia par le romancier et poète Aharon Appelfeld. Il s’agit, écrit-il, « des réflexions et des impressions ancrées dans la tourmente d’une enfance prise dans la Shoah ». Trois conférences, trois étapes, trois épreuves, comme dans un conte terrible pour questionner le rôle de la mémoire et de la littérature au sortir du génocide. En 1942, le jeune Aharon est orphelin. Son père est mort en déportation, sa mère a été assassinée par un SS. Il a 10 ans et erre dans les forêts ukrainiennes travaillant quand il peut chez un fermier. Quatre ans plus tard, amnésique et mutique, il parvient en Israël avec pour souhait « dormir, dormir pendant des années ». Appelfeld raconte, de l’oubli au réveil, comment progressivement il a affronté sa mémoire, d’abord quand elle voulait se taire, ensuite quand elle voulut se faire entendre. Il raconte cette forteresse du silence dont les souvenirs finissent par s’échapper, « habillés de mots » qui paraissent fragiles et impuissants, le laissant honteux et craintif de ne pas se rappeler parfaitement combien « la facilité avec laquelle les mots deviennent des faussaires pour habiller la vraie vie est stupéfiante ». Il témoigne de « l’offense faite à l’enfance » et du choix qui a été le sien d’écrire après la Shoah. L’horreur et l’art peuvent-ils cohabiter ? La réponse est sans équivoque : « Du début à la fin de ce texte, remarque Frédéric Worms dans une belle postface, la littérature maintient une lueur ou une issue. » Et c’est l’héritage que nous laisse Appelfeld.
Un logiciel de conversation permet de parler avec nos chers disparus. Analyse de ce dispositif que Jacques Derrida aurait pu qualifier d’“hantologique”.
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