“Choisissons-nous de nous souvenir ?”
© Séverine Scaglia
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 135 de Philosophie magazine « Peut-on se mettre à la place des autres ? », en kiosque le 28 novembre 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Question de Julia David
S’il est une chose que nous ne choisissons pas, c’est le moment où un souvenir émerge du passé et fait irruption dans notre présent. Que vient-il nous dire ? Pourquoi à cet instant ? Nous ne choisissons pas de nous souvenir, pas plus que nous choisissons d’oublier. Dans Matière et Mémoire (1896), Henri Bergson montre que notre perception fait surgir à la conscience les souvenirs utiles, rejetant dans l’oubli ceux, plus nombreux, dont nous n’avons pas besoin pour agir. Nous pouvons cependant faire des efforts pour nous souvenir, comme d’ailleurs pour oublier. Il est des méthodes pour faire « remonter » les souvenirs, comme il est des « oublis volontaires ». Cicéron évoquait la « mémoire des lieux » : les souvenirs étant attachés à des lieux, nous pouvons y revenir, réellement ou en pensée, pour retrouver les souvenirs qui y sont attachés et découvrir ce que nous savons sans le savoir, ce que nous avons en nous et qui nous fait être celui ou celle que nous sommes. La mémoire offre alors la possibilité d’un voyage dans le temps, dans l’espace et vers nous-mêmes.