“Pourquoi notre cerveau a inventé le bien et le mal” : mécanique de la pensée

Une recension de Apolline Guillot, publié le

Vous patientez dans la salle d’attente de votre dentiste, et votre voisine vous demande de garder son sac le temps d’aller aux toilettes. Allez-vous en profiter pour partir avec ? Très probablement, non. Pour Stéphane Debove, c’est déjà un sujet d’étonnement. Pourquoi sommes-nous capables d’agir contre notre propre intérêt, en vertu de lois qui nous semblent absolues ? Alternant des exemples, des développements théoriques et des petits exercices de réflexion, cette enquête relève le pari de « naturaliser » la morale. Notre représentation du bien et du mal ne serait pas dérivée de raisonnements, ni entièrement relative à notre culture : « Les jugements moraux peuvent avoir des bases biologiques et ils peuvent être compris comme le produit d’une capacité cognitive évoluée par sélection naturelle. » Une caractéristique sélectionnée car elle est, en un sens, optimale à la survie de l’espèce. Cette hypothèse n’est pas nouvelle. On la trouve déjà chez les philosophes écossais du XVIIIe siècle, comme Shaftesbury ou Hutcheson, qui reprennent les mêmes éléments de langage et comparent le sens moral à un organe mental. Quant à l’apparition de cet « organe » dans l’histoire de l’humanité, elle est déjà évoquée par Darwin. Debove actualise ces hypothèses et les présente au lecteur non spécialiste de manière accessible. Son but ? Aider, par un travail descriptif, à reprendre la main sur nos « algorithmes » moraux : en les comprenant, nous pourrions en saisir les contours, les limites, pour ainsi les reprogrammer. Cette approche séduisante et pragmatique a cependant un point aveugle : l’assimilation de notre « sens moral » à un « algorithme » cérébral. L’usage de ce terme, jamais justifié, trahit les postulats computationnels de l’auteur. Le cerveau serait une grosse machine à traiter de l’information dont l’un des logiciels serait la morale. Un parti pris qui le détourne de la possibilité de questionner la construction collective des normes autant que la manière dont la morale s’incarne à la première personne.

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