6. Les réformateurs relèvent la tête
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Cet article est issu du numéro 82 de Philosophie magazine « 82 - septembre 2014 », en kiosque le 21 août 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
De retour à Téhéran, je constate l’ampleur de ce mouvement religieux réformateur. Parti de Qom, il a atteint la capitale. Je suis reçu à l’université Shaid Beheshti par le sociologue Amir Nikpey, spécialiste des rapports entre politique et religion dans l’Iran d’aujourd’hui. Il m’explique ce que j’ai commencé à percevoir dans la ville sainte : « Une nouvelle génération de théologiens a émergé depuis la révolution islamique, formée à la fois aux sciences religieuses dans les séminaires et à des disciplines comme le droit, l’environnement, la philosophie occidentale, dans les universités laïques. Dans les années 1960-1990, tout le monde, théologiens compris, était révolutionnaire et socialiste. Mais à partir de 1990, c’est le courant droit-de-l’hommiste qui a pris le dessus, chez les laïcs et les religieux. Il y a une influence de cette nouvelle théologie partout, même au sein du pouvoir. Évidemment, la lutte avec les conservateurs fait rage, et les religieux réformistes sont même davantage persécutés que les réformistes laïcs ou athées. C’est normal, ils sont plus dangereux pour le pouvoir. » Amir Nikpey me présente alors un collègue, un clerc enturbanné parlant un anglais parfait. Rahim Nobahar raconte son parcours. Il a étudié naguère les matières religieuses au séminaire de Qom. Son maître en philosophie était Mezbah Yazdi, surnommé le « crocodile », mentor ultraconservateur d’Ahmadinejad. Mais il a étudié la jurisprudence auprès de Montazeri, successeur désigné de Khomeyni, écarté du pouvoir pour avoir critiqué la brutalité du Guide et devenu la figure de référence des réformateurs. Parallèlement, il a suivi des cours de droit à l’université Mofid, celle que nous avons visitée à Qom, et à Téhéran. Il a évolué et affiche désormais une conviction : « Le droit pénal a besoin de devenir plus réaliste et plus humain. Après des recherches historiques, j’ai compris que ce qu’on appelait la punition islamique – couper les mains, par exemple – était en fait un droit coutumier dans l’Arabie Saoudite de l’époque du Prophète et n’avait rien d’intrinsèquement islamique. » Quant à la ‘velayat-e faqih’, si elle peut être acceptée, « c’est uniquement si elle se réconcilie avec la démocratie. Contre une compréhension totalitaire de cette notion, si les gens, dans une société où la grande majorité est religieuse, comme la nôtre, sont d’accord pour vivre avec une telle conception des choses, pourquoi pas – à condition que la majorité respecte le droit des minorités. Mais si quelqu’un arrive et dit : “je suis le représentant de Dieu, je suis responsable devant Dieu et non devant les hommes”, alors ce n’est pas acceptable ». « La démocratie, conclut-il, est une expérience humaine dont doit bénéficier l’Islam » sans pour autant bannir la religion. Il admet que cette ligne réformatrice est périlleuse : « Les conservateurs sont partout. C’est une tâche très difficile, mais pas impossible. Nous ne sommes pas nombreux, ni rapides, mais nous avançons. »