Les remèdes
Alexandre Jollien : « La raison n’est qu’un des moyens d’atteindre la joie »
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Cet article est issu du numéro 25 de Philosophie magazine « 25 - hiver 2008 », en kiosque le 04 décembre 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Pour Alexandre Jollien, philosopher a d’abord été une arme pour surmonter son handicap. Aujourd’hui, il souhaite bâtir une pensée apaisée.
Pourquoi souhaitez-vous aujourd’hui inventer une « philosophie de l’après-guerre » ?
J’ai trop longtemps cherché dans la philosophie un instrument de lutte, de combat. Un certain stoïcisme mal compris vous commande de devenir une sorte de soldat ascète. Friedrich Nietzsche parle du « dur épiderme des stoïciens hérissé de piquants ». Lorsqu’on souffre, surtout, on cherche à endosser une armure, à consolider son individualité. La souffrance vous incite souvent à vous placer au centre du monde. Or, paradoxalement, cette position égocentrique expose encore davantage à la souffrance. C’est pourquoi j’aime bien l’idée de « mort de soi » qu’on trouve dans le Phédon de Platon. Il s’agit de s’oublier, de se dépouiller de tout ce qui nous encombre. De dilater notre individualité pour lui donner les dimensions du monde. En médecine, on distingue les maladies aiguës et les maladies chroniques. Si seuls quelques-uns sont en prise avec les premières, nous affrontons tous des difficultés répétitives et inévitables, comme le vieillissement, la conscience de la mort, le deuil toujours possible, ce que Michel de Montaigne appelait la « tourbe des petits maux ». Or, il existe un outil philosophique contre ces maux chroniques : la raison. Je viens de citer Platon et Montaigne, mais le maître pour moi est ici Baruch Spinoza. Lui seul enseigne que le désir de joie peut conduire à l’apaisement, s’il est conduit et justifié par la raison. Attention, la raison n’est pas, ici, un outil froid et calculateur. Dans une perspective spinoziste, elle n’est qu’un moyen d’atteindre la joie souveraine et donc d’accomplir le désir.