Ce que sait la main

Antoine Pierlot : cordes sensibles

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Antoine Pierlot : cordes sensibles

Antoine Pierlot. © Laurent Koffel

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Cet article est issu du numéro 175 de Philosophie magazine « Y a-t-il des bons et des méchants ? », en kiosque le 30 novembre 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Dans notre nouvelle rubrique « Ce que sait la main », nous irons à la rencontre de ceux qui créent et travaillent de leurs mains. Ici, le violoncelliste Antoine Pierlot explique qu’il faut connaître son instrument sur le bout des doigts pour jouer sans (presque) y penser.

 

Contrairement aux violonistes qui arborent une marque allant parfois jusqu’à l’hématome dans le cou, les violoncellistes avancent masqués. C’est tout juste si l’on remarque une empreinte sur le thorax, là où le corps de l’instrument rencontre celui de l’instrumentiste. Et encore, le signe est discret, concède Antoine Pierlot. Surtout depuis que ce dernier planche moins sur des partitions que sur les tourments de ses patients. En plus d’une carrière de violoncelliste soliste, d’un enregistrement des Suites pour violoncelle de Benjamin Britten et d’une collection d’albums avec l’ensemble Contraste créé par Johan Farjot, Antoine Pierlot exerce en effet la profession de psychothérapeute. Bien que cette activité l’occupe de plus en plus, ses phalanges témoignent des déformations imposées par l’archet, et le bout de ses doigts de la corne née de maintes heures à répéter encore et encore le même fichu démanché.

Antoine Pierlot n’a pas vraiment choisi de se mettre à la musique. Issu d’une famille de musiciens, on l’assoit devant un piano à l’âge de 4 ans, avant de décider que le violoncelle fera davantage l’affaire. « Je me suis assez rapidement approprié l’instrument », confie-t-il. Atout du violoncelle : la sensation de grandir avec son instrument. En effet, on ne place pas entre les menottes d’un enfant qui vient d’apprendre à faire ses lacets un instrument conçu pour les adultes. Comme les menus de fast-food, un violoncelle se décline en plusieurs tailles, de l’enfant jusqu’à l’adulte « entier », désignées par des fractions : 1/16, 1/8, 1/4… « En passant au modèle au-dessus, j’avais la sensation de devenir un grand », se souvient Antoine Pierlot. Mais les petits violoncelles ont une sonorité bien ingrate. D’où l’impatience du musicien de passer au modèle supérieur. « Plus l’instrument se rapproche de son patron original, plus la sonorité devient ample, intéressante. Mais à chaque nouvel instrument, il faut un temps de réadaptation, explique-t-il. Si la main droite ne bouge pas, la main gauche doit réapprendre ses écarts, où se positionner sur la touche pour ne pas faire bouger l’intonation. » Certes, la transition a pu être perturbante pour l’apprenti musicien, mais restent « l’émerveillement de possibilités supplémentaires » et la certitude que ce que certains nomment pompeusement un art a en réalité tout de l’« artisanat quotidien ».

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