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Après le désenchantement

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Cet article est issu du numéro 59 de Philosophie magazine « 59 - mai 2012 », en kiosque le 26 avril 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Dieu est mort… Et nos sociétés sécularisées ne savent pas quelle place faire à la persistance du religieux. Entre multiplication des « paroisses » identitaires et adhésion à des valeurs morales infantilisantes, une troisième voie se dessine où l’homme se réapproprierait la sagesse des dieux.

Nos sociétés sans religion peuvent-elles se passer de tout supplément d’âme ? Pour Régis Debray, la belle vitalité du sacré montre que le besoin d’absolu a encore de beaux jours devant lui, tandis qu’Alain de Botton et Abdennour Bidar proposent une spiritualité athée mais enfin réconciliée avec le religieux.

L’érection de totems et le respect de tabous suffisent, dit-on, à structurer une société. Cette délimitation d’une sphère sacrée est plus essentielle pour tenir les hommes ensemble que l’État ou même la religion. Loin d’avoir disparu de nos sociétés désenchantées, Régis Debray montre que le sacré s’y est renouvelé : les stades ne sont-ils pas les cathédrales du XXIe siècle ? Et notre Armoire des Archives nationales, qui renferme la Constitution de 1958 et les étalons du mètre et du kilogramme, une « Sainte-Chapelle sans bon Dieu » ? « Le sacré s’est évadé du consacré [religieux] comme le génie de la bouteille », affirme Debray. À l’extériorité de l’élément sacral, reçu en héritage, s’est en effet substituée l’affirmation des allégeances individuelles réparties en autant de « paroisses », confessionnelles, identitaires ou autres. Bonheur d’écriture et d’iconographie, l’enquête de Debray célèbre donc autant l’éternelle jeunesse du sacré qu’elle montre les écueils de sa nouvelle volatilité, puisque ce sacré « de repli et de retour à soi » nous oppose désormais souvent plus fortement qu’il ne nous réunit.

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