Biographie

Arthur Schopenhauer. Le théoricien du vouloir vivre

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Arthur Schopenhauer. Le théoricien du vouloir vivre

© Armeltoucour

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Cet article est issu du numéro 20 de Philosophie magazine « 20 - juin 2008 », en kiosque le 29 mai 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

La biographie d’Arthur Schopenhauer semble presque obligatoire, sinon nécessaire, pour la compréhension d’un philosophe qui a toujours affirmé que la pensée est indissociable de l’homme qui l’a produit. Pourtant, peu d’événements marquent sa vie. Il est né à Dantzig, le 22 février 1788. Son père était l’un des plus riches négociants de la ville, dépensant largement sa fortune en tableaux, en livres et en voyages. Formé dès l’enfance pour une carrière de commerçant, il apprend très tôt, outre le latin et le grec, l’anglais, le français, l’italien, et découvre plusieurs pays européens. Épuisé par la maladie et par les soucis dus à des spéculations financières malheureuses, son père se suicide en 1806. Arthur Schopenhauer a 18 ans. Cet épisode tragique ne pouvait qu’assombrir la vision du monde du jeune homme, désormais placé sous l’autorité de sa mère Johanna.

Femme intelligente, mondaine, auteur de nombreux romans, mais frivole et foncièrement égoïste, elle va jusqu’à déshériter son fils au profit de son amant. Ses relations avec Arthur sont conflictuelles, jusqu’à la rupture finale. Et de cet échec affectif, le philosophe tirera une conclusion plutôt amère, quoique discutable : « En général, une femme qui n’a pas aimé son mari n’aimera pas non plus les enfants qu’elle a eus de lui. » Le climat familial respire l’aigreur, générant de multiples frustrations et d’infinies rancunes. À tel point qu’il ne sait trop quoi répondre à son unique sœur Adèle quand elle lui écrit : « Je n’ai aucun plaisir à vivre, je redoute la vieillesse, je redoute la vie solitaire à laquelle je suis sûrement destinée. » De 1803 à 1804, la famille entreprend un voyage à Londres, en France et en Suisse, au cours duquel le jeune Arthur rédige un journal.

Il serait naturellement trop sommaire de vouloir établir une corrélation entre les premières intuitions et la formation conceptuelle du philosophe, mais les thèmes de la souffrance et de l’ennui apparaissent déjà, comme dans la description de la colonie pénitentiaire de Toulon, extraordinairement prégnants. D’où cette première certitude, qui deviendra de plus en plus élaborée : éprouver la souffrance n’est pas seulement un fait empirique mais une dimension inhérente à l’existence, sans être porteuse de sens. Le plus grand des biens sera d’abord l’absence de souffrance, qui fait que le bonheur ne peut être défini que négativement. Cette idée est profondément conditionnée par sa métaphysique de la vie comme volonté et, surtout, elle détermine son mode de vie.

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