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Au Mexique, “une femme présidente n’est pas seulement un symbole, c’est un modèle pour toutes les femmes du pays”

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Au Mexique, “une femme présidente n’est pas seulement un symbole, c’est un modèle pour toutes les femmes du pays”

Mexico (Mexique), le 18 juin 2024. Claudia Sheinbaum Pardo, future présidente du Mexique. © Carlos Tischler/Eyepix Group/Sipa USA/Sipa

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Pour la première fois de son histoire, le Mexique a élu très largement, début juin, une femme à la tête de l’État : Claudia Sheinbaum. La philosophe mexicaine féministe Eli Bartra nous livre son analyse d’un événement historique.


 

Comment avez-vous réagi à l’annonce de l’élection de Claudia Sheinbaum, première femme présidente du Mexique ?

Eli Bartra : Nous savions tous que Claudia Sheinbaum serait présidente depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Des sondages indiquaient qu’elle était largement en tête. Ce que personne ne savait, c’était le nombre écrasant de voix qu’elle obtiendrait lors des élections : 61,27% des voix ! Il s’agissait d’une élection sans précédent : véritablement libre, et avec une femme comme candidate principale. Je suis ravie. Cela étant, je n’ai pas voté pour Sheinbaum parce qu’elle est une femme, ce n’est pas ce qui oriente en priorité mon vote. Je n’aurais jamais pu voter pour l’autre candidate, Xóchitl Gálvez [opposante de centre droit], même si elle avait été en compétition avec un homme de la coalition Morena [parti auquel appartient Sheinbaum].

 

C’est un événement historique ?

Je pense qu’il s’agit d’un événement historique pour deux raisons principales : la première est qu’il s’agit d’une femme, la seconde qu’elle est issue d’un milieu très à gauche. D’autres raisons rendent son élection particulière. L’une d’entre elles est le fait qu’elle soit issue d’une famille juive, bien qu’elle ne pratique pas cette religion et qu’elle soit athée. C’est important dans la mesure où elle sera la présidente d’un pays fondamentalement catholique – même si cela est de moins en moins vrai. Je pense qu’elle réaffirmera une chose qui est souvent oubliée : que la constitution établit la séparation entre l’Église et l’État. S’il s’agit d’une élection historique, il ne faut pas oublier que la présidence d’Andrés Manuel López Obrador [l’ancien président, issu du même parti] a également été « historique » à sa manière. Bien qu’il ait été qualifié de misogyne et d’antiféministe, il a instauré, pour la première fois au Mexique, la parité entre les femmes et les hommes au sein de son gouvernement. Les personnes qui considèrent que López Obrador est antiféministe ne savent rien de tout cela. Il suffit de regarder ce que fait Milei en Argentine pour savoir comment agit un président antiféministe. López Obrador a du reste pris d’autres mesures très importantes, notamment dans la lutte contre la corruption.

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