Inde
Bappa ou l’histoire d’un piège métaphysique
Représentation du dieu hindou Ganesh. © Mohnish Landge/Unsplash
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Au départ, il y a un robot à l’effigie du dieu hindou Ganesh monté sur un chariot un peu fantasque. Ensuite, des humains qui cherchent leur place au cœur d’une expérience très déroutante. À la fin, une leçon d’anthropologie d’Emmanuel Grimaud. Récit.
Une histoire d’artefact
Bappa – tel est le nom de la création – n’est pas un robot comme on l’imagine. Sa composition est assez étrange : sur un chariot sont fixées des enceintes et, au-dessus, un écran ovale est affublé de deux oreilles noires et d’une trompe métallique articulée, le tout rappelant vaguement la tête du dieu-éléphant hindou Ganesh. « Étrange », voilà un mot qui définit bien le procédé expérimental : se balader dans la rue puis convaincre des personnes ordinaires de s’abandonner à un jeu un peu flou. Un volontaire doit s’installer à l’écart, parfois caché, parfois non. À l’aide d’un casque muni d’une caméra et d’écouteurs, il peut discuter avec des passants par le truchement du dieu électronique. L’incarnant n’est pas tenu de jouer le rôle du dieu. On lui donne un costume et il se débrouille avec. Liberté ontologique. Le dispositif semble loufoque, mais avant d’aller plus loin, précisons deux choses. Tout d’abord, les dieux en Inde s’incarnent sur toutes sortes de supports : figurines, peintures, poupées géantes sur des chars de carnaval, sculptures dans les temples, effets spéciaux dans les films et même automates. Comme le rappelle le philosophe Patrice Maniglier dans sa préface, Bappa « n’est donc a priori qu’une réalisation de plus d’une forme conventionnelle du dieu, elle-même conçue comme relativement contingente par rapport à son essence invisible, incréée, le polythéisme hindou tolérant une grande latitude dans la réalisation des dieux ».
“Tout se passe comme si la fausse supercherie du robot permettait de parler d’une vraie supercherie, bien plus sérieuse, celle du dieu lui-même”