Cinéma

“Barbie”, le joujou pseudo-féministe du géant Mattel

Temps de lecture : 7 min

Ryan Gosling et Margot Robbie dans le film “Barbie” (Greta Gerwig, 2022)

Ryan Gosling et Margot Robbie dans le film “Barbie” (Greta Gerwig, 2022). © 2022 Warner Bros. Entertainment Inc. Tous droits réservés

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Le film Barbie est-il féministe ? Oui, si l’on en croit la tonitruante campagne marketing. Pourtant, selon notre journaliste Ariane Nicolas, le film relève davantage d’une entreprise de ripolinage opportuniste que d’une prise en compte sérieuse des droits des femmes. Analyse.


 

« Elle, c’est Barbie. Lui, c’est juste Ken. » Le service marketing de Barbie, adaptation par la réalisatrice Greta Gerwig du destin de la poupée la plus célèbre au monde, annonce la couleur. Sur l’affiche, l’actrice Margot Robbie ridiculise son homologue masculin (Ryan Gosling), réduit à une machine sexuelle dont elle écrase le visage de sa main parfaitement manucurée. La spectatrice sensible à l’égalité femmes-hommes frétille à l’idée d’assister à une comédie féministe, affirmation revendiquée d’un girl power nouvelle génération où le monde de Barbie figurerait, sur un mode exubérant, un matriarcat pop et sans complexe.

Et puis, la spectatrice en question se rend dans la salle, et en ressort… désabusée. « C’est donc ça, le féminisme, d’après Hollywood ? » Deux heures de publicité ambulante pour un produit commercial en perte de vitesse (40% de ventes en moins depuis dix ans), où le féminisme est réduit à un discours de développement personnel qui ne fâchera que quelques masculinistes acharnés. Venant de Gerwig, qui avait modernisé Les Filles du docteur March (2019) en dressant une galerie complexe et attachante de portraits de femmes, la déception est de taille.

“Girl Power” étriqué

Un bref rappel de l’histoire. Nous voici à Barbieland, où « Barbie stéréotypée » coule des jours heureux en compagnie de ses copines. Sauf qu’un soir, la machine déraille : Barbie pense à la mort, se met à avoir des pieds plats, a mauvaise haleine. Horreur ! Pour que la poupée retrouve sa perfection d’antan, une comparse excentrique lui suggère d’aller dans le monde réel, à la recherche de l’enfant qui jouait avec elle – manœuvre censée tout remettre en ordre, pour aller vite. Barbie s’exfiltre donc à Los Angeles, accompagnée de Ken qui, émerveillé par le patriarcat, décide de son côté d’importer le machisme à Barbieland dans le dos de Barbie. La seconde partie du film raconte la guéguerre que les Barbie et les Ken se livrent pour savoir qui aura le droit de régner au royaume du kitsch. Une heure de péripéties fastidieuses plus tard, tout finit par s’arranger, et Barbie par trouver le chemin d’un bonheur authentique.

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“Barbie” de Greta Gerwig, plus cynique et consumériste que féministe