L’histoire au présent
Benjamin Stora : "La rente mémorielle existe du côté de l'Algérie comme de la France"
À Colombes (Hauts-de-Seine), le 16 octobre 2021, Benjamin Stora participe à la cérémonie de commémoration du soixantième anniversaire du massacre du 17 octobre 1961, présidée par Emmanuel Macron, au pied du pont de Bezons. © Stéphane Lemouton/Pool/Réa
Le dilemme mémoriel sur la guerre d’Algérie et l’affrontement du passé colonial de la France a rarement été aussi questionné que ces dernières semaines. Après qu’Emmanuel Macron a déclenché une crise diplomatique d’envergure avec le gouvernement algérien – affirmant que le pays s’était construit « sur une haine de la France » et profitait d’une « rente mémorielle » –, il aura dans le même temps été le premier président en exercice à assumer la responsabilité de la France dans le massacre du 17 octobre 1961, la répression sanglante par la police française d’une manifestation d’Algériens à Paris.
Une décision hautement symbolique, en réalité préconisée par un rapport de l’historien Benjamin Stora. Celui-ci a été chargé par le président de la République d’établir « un état des lieux juste » sur la réalité de la colonisation et de la guerre d’Algérie.
Dans l’entretien qu’il nous a accordé, Benjamin Stora revient sur la longue histoire d’un « silence d’État », qui gangrène les mémoires et les relations entre les deux pays depuis plus d’un demi-siècle. Il explique comment la France, elle aussi, s’est construite dans son identité profonde sur le fantasme d’une assimilation algérienne.