Dossier/Peut-on changer de logique ?

Byung-Chul Han : “L’Allemagne m’a fourni une nouvelle âme”

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Byung Chul-Han

Byung Chul-Han © Tiboul/Maxppp

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Cet article est issu du numéro 153 de Philosophie magazine « Peut-on changer de logique ? », en kiosque le 23 septembre 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Connu pour sa critique acerbe des sociétés contemporaines, le philosophe Byung-Chul Han revient sur son étonnant parcours, qui l’a amené à quitter sa Corée du Sud natale pour devenir un penseur allemand de premier plan.

 

Au cours de votre existence, vous avez effectué un triple voyage. Géographique, d’abord : comment s’est passée votre arrivée en Allemagne, après avoir grandi en Corée du Sud ? 

Byung-Chul Han : J’ai débarqué en Allemagne, à Aix-la-Chapelle, à l’âge de 22 ans. C’était la première fois que je voyageais à l’étranger. À l’époque, les conditions matérielles de transport étaient moins commodes. J’ai d’abord pris l’avion pour le Japon, puis pour l’Alaska ; de là, je me suis envolé pour l’Europe. L’espace aérien de la Chine à la Russie étant bloqué, survoler le pôle Nord était la seule voie possible. J’ai eu droit à six repas dans l’avion ! Quand je suis arrivé en Allemagne, tout était d’une étrangeté absolue. J’ai été confronté à l’Autre de la manière la plus fondamentale qui soit : l’odeur de l’air, les maisons, les arbres, les gens… J’étais projeté dans un monde différent, dont l’altérité extrême m’a pris à la gorge – avant que, paradoxalement, j’en tombe amoureux. Après ma première nuit à Aix-la-Chapelle, je me suis réveillé avec une violente éruption cutanée. J’avais des taches rouges, la peau cloquée. Mon corps réagissait à cette situation d’étrangeté. Pour moi, ce fut une initiation : je venais de franchir le seuil d’un autre monde. À Aix-la-Chapelle, les vieilles maisons en pierre m’apparaissaient comme des cryptes… Je me sentais presque écrasé. Je n’avais pas envie de vivre dans l’une de ces bâtisses lourdes et oppressantes. Au bout de quelques jours, je suis parti à Clausthal (Basse-Saxe), ville située dans le massif du Harz dont l’université m’avait accepté et où a vécu Caroline Michaelis [1763-1809], muse du préromantisme et épouse du philosophe Schelling. J’espérais que là-bas, au moins, les logements ne ressembleraient pas à des sépultures ! Et, en effet, il se trouve qu’à Clausthal, les maisons n’étaient pas en pierre mais en bois. Elles avaient l’air bien plus légères, comme celles que nous avons en Corée. Je pouvais enfin souffler un peu. Au début, j’ai eu énormément de mal avec la nourriture allemande. Tout ce que je réussissais à avaler, c’était du pain et de la confiture… J’en étais à engloutir un pot de confiture par jour. 

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