Camembert. La guerre du cru et du cuit
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Cet article est issu du numéro 121 de Philosophie magazine « Pourquoi avons-nous besoin d’être aimés ? », en kiosque le 05 juillet 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
L’industrie agroalimentaire se réjouit : d’ici à 2021, ce fromage normand, jusqu’ici exclusivement au lait cru, pourra être fabriqué à partir de lait pasteurisé. “Trahison”, hurlent les puristes. Et si la lecture de Claude Lévi-Strauss rendait les belligérants plus coulants ?
Alors qu’une nouvelle législation risque d’autoriser la commercialisation de camembert au lait pasteurisé – victoire pour l’industrie agroalimentaire qui inquiète les gourmets ! –, la fin possible de la mention « au lait cru » sur les étiquettes du célèbre fromage normand invite à revisiter l’opposition entre le cru et le cuit.
Le camembert, c’est moi ! Je suis français, constitué pour partie de camembert, pour l’autre de saucisson sec, le vin rouge coulant dans mes veines. C’est du moins ce que m’a renvoyé un ami tahitien il y a quelques années, à Papeete. Il avait tenu à me faire goûter du fāfaru, un plat de poisson fermenté dans l’eau de mer qui puait à s’en boucher les narines. Devant mon air dégoûté, il avait insisté. « Mais si ! Essaie au moins… C’est doux et un peu relevé… » J’avais refusé, bien sûr. Et lui de conclure : « Ça pue toujours moins que votre camembert dont vous êtes si fiers vous, les Français… et c’est meilleur ! »