IA
ChatGPT est-il vraiment l’ennemi de la littérature ?
© Anton Maksimov/Unsplash
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C’est un concours littéraire étonnant qu’ont lancé les éditions Édilivre : les participants sont obligés de recourir à ChatGPT ! Une manière d’explorer les innombrables possibilités créatives de la machine, pour lesquelles des auteurs comme Raymond Queneau et Italo Calvino s’enthousiasmaient. Retour sur l’histoire, méconnue, de la littérature sous algorithmes.
« Dans le petit monde des écrivains, l’arrivée de ChatGPT est une réalité qui suscite beaucoup de questions, de peurs et parfois de colère » : il est urgent de « s’écarter des polémiques et des craintes irrationnelles pour transformer cette technologie en alliée, en comprenant ses faiblesses, ses atouts et ses limites ». C’est tout l’enjeu du concours littéraire organisé du 12 septembre au 6 novembre par les éditions Édilivre, lors duquel les participants ont l’obligation de soumettre un texte composé par ChatGPT. « Nous voulons démontrer que ChatGPT est un outil ! Il ne peut actuellement pas produire des textes littéraires convaincants sans l’intervention et les instructions d’un auteur. » Mais il peut en même temps ouvrir des pistes, des voies, des possibilités inattendues pour enrichir la créativité, si l’on apprend à s’en servir : à affiner, par des requêtes successives exigeant de la machine ici d’utiliser le présent et non le passé, là d’employer un vocabulaire moins ampoulé, la première mouture proposée par la machine.
Poétique combinatoire
L’idée de ce concours est que les outils algorithmiques pourraient non pas saper, mais au contraire décupler la création littéraire. Elle n’est pas neuve. Elle surgit dès les années 1960 au sein d’un mouvement lancé par Raymond Queneau et François le Lionnais : l’OuLiPo, abréviation d’« ouvroir de littérature potentielle ». L’approche développée par les membres du courant est en rupture avec le mythe du génie créateur dont l’œuvre, forgée ex nihilo, doit exprimer la liberté la plus intime. Pour les oulipiens, au contraire, c’est la contrainte qui est féconde. Ni l’auteur ni le texte ne doivent être sacralisé. Qu’est-ce, après tout, qu’un roman ou un sonnet, sinon une combinaison particulière, dans un certain ordre, d’un ensemble de signes déterminés (les lettres de l’alphabet, les mots du langage) ?