Littérature

Colette, cent cinquante ans de sensibilité

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Colette en 1910. Photographe inconnu

Colette en 1910. Photographe inconnu. © Wikimedia Commons

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L’écrivaine Colette, femme aux multiples vies, est née il y a tout juste 150 ans. Retour sur un parcours hors norme et une œuvre nimbée de réflexion sur la condition des femmes, le désir ou l’animalité, célébrée par de nombreux penseurs contemporains.

« J’habite à jamais un pays que j’ai perdu »

Sidonie-Gabrielle Colette, Les Vrilles de la vigne (1908)

 

« Quelles sont les écritures dont on pourrait dire qu’elles sont “féminines” ? » À cette question, posée dans le Rire de la Méduse (1975), Hélène Cixous donne une réponse quelque peu accablée : « En France […] pour feuilleter ce que le XXe siècle a jusqu’à présent laissé s’écrire, et c’est bien peu, je n’ai vu inscrire de la féminité que par Colette, Marguerite Duras et... Jean Genet. »

Libérer le désir

Chez Cixous comme chez beaucoup d’autres penseuses féministes travaillant à l’avènement d’une « écriture féminine » adaptée à la subjectivité propre de la femme, non plus polarisée par le regard masculin qui contamine jusqu’à la grammaire, Colette, qui aurait fêté aujourd’hui ses cent cinquante ans, fait office de précurseuse. « La présence du corps, la sensualité diffuse, un désir féminin non réprimé, la célébration de la marginalité… Ces technique narratives […] s’écartent des conventions patriarcales », résument Erica Eisinger et Mari McCarty dans Colette: The Woman, The Writer (« Colette. La femme, l’écrivaine », 1981). « La focale androcentrique est déplacée ; un nouveau sujet apparaît : la femme qui désire », homme comme femme, affranchie des gaines de l’inhibition dont la société à fait son socle et la psychanalyse son miel.

Peut-être faut-il entendre dans cette affirmation d’un désir libre la résonance des réflexions de Charles Fourier (1772-1837) sur la liberté en amour, que Colette a pu connaître à travers ses oncles maternels, « esprits libres, indépendants, amateurs de pensée libérale ». Plus certainement, ce sont des rencontres qui, très tôt, aiguillonnent son non-conformisme. À Paris, où elle débarque de sa Bourgogne natale, Willy, son premier mari, lui présente des femmes qui revendiquent leur homosexualité : Georgie Raoul-Duval, Natalie Clifford-Barney, Lucie Delarue-Mardrus, Renée Vivien, etc.

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