Cosmos

Combien d’êtres humains faudrait-il pour coloniser Mars ?

Temps de lecture : 6 min

Combien d’êtres humains faudrait-il pour coloniser Mars ?

© Nicolas Lobos/Unsplash

Cet article est réservé aux abonnés.

Vingt-deux : c’est le nombre de personnes qu’il faudrait pour fonder une colonie viable pour une durée de vingt-huit ans à la surface de la planète Mars, selon une modélisation réalisée à l’université Cornell – à condition que leurs personnalités soient « agréables » ou « sociables ». Mais comment savoir à partir de combien d’individus l’on peut créer une société ?


 

Quelle est la taille minimale d’une communauté humaine viable ? Cette question, qui se repose aujourd’hui au sujet de la création d’une colonie martienne, Aristote se la posait déjà il y a deux millénaires. Comme il l’écrit dans l’Éthique à Nicomaque, « si dix hommes, en effet, ne sauraient constituer une cité, cent mille hommes ne sauraient non plus en former une ».

Nécessaire autarcie, selon Aristote

Pourquoi ces chiffres ? Avec dix hommes seulement, la survie du groupe est trop fragile, selon Aristote. « Une cité première est nécessairement celle qui est formée d’un nombre de gens qui est le nombre minimum pour atteindre l’autarcie », assure-t-il, l’autarcie étant la condition d’une vie politique future où les affaires collectives sont discutées. La cité « qui a trop peu de monde n’est pas autarcique […] pour les choses indispensables », pour la satisfaction des nécessités vitales. Elle a besoin, en d’autres termes, d’une population suffisante pour que s’organise une répartition des tâches rendant possible la satisfaction des besoins, mais aussi l’ouverture d’un espace de liberté affranchi du travail – où se niche la possibilité de la politique, pour Aristote. La cité qui ne se suffit pas à elle-même se verra contrainte de recourir au commerce avec d’autres villes pour s’approvisionner en biens de première nécessité. Elle sera dès lors dépendante et vulnérable.

Quant au chiffre des cent mille hommes, c’est la possibilité d’une vie politique qui devient trop compliquée, selon le philosophe : « Qui sera le général d’une multitude excessivement grande ? », se demande-t-il dans sa Politique. Il faut donc, comme souvent chez ce penseur antique, trouver un juste milieu. Toutefois, les conditions du problème étant posées, Aristote ne tranche jamais sur le nombre exact d’individus qui constitueraient la cité minimale. Ce nombre, en effet, est relatif aux spécificités de chaque situation : il dépend de la qualité du territoire sur lequel règne la ville en question, des ressources naturelles qu’il offre, de leur accessibilité. Un dernier point, qualitatif et non plus quantitatif, vient compléter le tableau de la cité minimale : contrairement à la famille, facteur d’identité, « la cité est faite de dissemblables », d’une pluralité d’individus qui ne se ressemblent pas tous.

Cet article est réservé aux abonnés
Vingt-deux, cent, cinq cents ? Comment calculer la viabilité d’une colonie