Fêtes de fin d’année
Comment supporter la solitude ?
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À la liste déjà trop longue de ceux qui passent les fêtes seuls, s’ajoutent cette année les cas contacts et positifs au coronavirus. Si l’on est coincé chez soi, peut-on essayer de faire la fête tout seul, avec de la musique et quelques friandises ?
L’option est un peu déprimante. Car le sens de la fête réside dans le fait d’être ensemble, de se retrouver. L’occasion aussi de satisfaire nos besoins de chaleur humaine, au beau milieu de l’hiver et de toutes les distanciations sociales. Mais quand on n’a pas le choix, peut-on réussir à se consoler en restant seul avec soi-même ? Oui, répond Hannah Arendt, à condition de parvenir à dialoguer avec soi-même dans la solitude.
- Dans Questions de philosophie morale, Hannah Arendt distingue trois manières d’être seul : l’isolement, l’esseulement et la solitude. L’isolement, c’est lorsque « je ne suis ni avec moi-même, ni en compagnie des autres ». Il peut être positif dans la mesure où il permet de se concentrer pour réaliser une tâche sans être dérangé (travailler, lire, etc.), mais aussi négatif, car « les autres avec qui je partage un certain souci pour le monde peuvent se détourner de moi » et m’oublier.
- L’isolement peut conduire à l’esseulement et à l’ennui, c’est-à-dire au sentiment pénible d’être seul. Alors, je recherche la compagnie des autres mais celle-ci « fait défaut ». Ou alors que « je suis incapable d’établir un contact avec eux ». L’isolement forcé, à cause d’une maladie par exemple, peut provoquer l’esseulement. Mais ce sentiment peut également surgir au milieu d’une foule avec laquelle je ne me reconnais aucune attache.
- Il est cependant possible de surmonter ce sentiment négatif en le transformant en solitude. Celle-ci « implique que, bien que seul, je sois avec quelqu’un (c’est-à-dire moi-même). Elle signifie que je suis deux en un ». C’est un mode d’être où, en quelque sorte, l’on se dédouble pour se mettre en compagnie de soi-même et devenir son propre ami, cet autre soi-même dont parle Aristote. C’est ainsi qu’il devient possible de dialoguer avec soi, de se connecter à ses désirs profonds. Ce qui faisait dire à l’homme politique romain Caton : « Jamais je ne suis plus actif que lorsque je ne fais rien, et jamais je ne suis moins seul que lorsque je suis avec moi-même. »
- Que faire alors quand cet isolement est subi ? Il y a peut-être un exercice stoïcien à réaliser, pour transformer l’esseulement en solitude et aller puiser dans ses ressources intérieures. Pour vous consoler un peu d’un isolement forcé, pourquoi ne pas aller lire les quelques pages d’Ainsi parlait Zarathoustra, où Nietzsche nous invite à questionner le sens des évènements de notre vie ? « Car crois-moi, cher vacarme d’enfer, les plus grands évènements, ce ne sont pas nos heures les plus bruyantes, mais nos heures les plus silencieuses. » À méditer.