« Connaître les gens heureux pour les utiliser et les malheureux pour s’en écarter » : Baltasar Gracián, “L’Art de la prudence”

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Cet article est issu du numéro 19 de Philosophie magazine « 19 - mai 2008 », en kiosque le 24 avril 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le jésuite espagnol défend un art de la réussite et de l’efficacité, qui repose sur la connaissance et le gouvernement de soi.

C’est en admirateur de Machiavel et de Castiglione, les deux grandes figures italiennes de l’humanisme renaissant, que Baltasar Gracián compose son Oráculo manual y arte de prudencia (Art de la prudence, Rivage) – dans lequel figure ce conseil. Le jésuite espagnol retient de Machiavel que les humains se battent pour la domination et que la vie politique, loin de leur être naturelle, n’est possible que lorsqu’un pouvoir coercitif, exercé par un prince habile, imprime le plus longtemps possible de l’ordre au chaos de leurs désirs belliqueux. Il tient de Castiglione que les humains, une fois pacifiés, perpétuent et subliment leur appétit de dominer en volonté d’apparaître – que l’homme de cour, en somme, prolonge l’homme de guerre par d’autres moyens. Si, sur le champ de bataille ou au cœur d’une cité rebelle, la force et la ruse -s’imposent physiquement aux hommes, dans les palais, parmi les ors et les velours des salons, ce sont les -manières, les airs et les paroles qui les subjuguent psychologiquement – au sens strict : qui font plier leur imagination. « Ce qui ne se voit pas n’existe pas », rappelle Baltasar Gracián. Rien n’a autant de puissance d’être que la belle apparence, où le charme se mêle à la distinction et à l’esprit. Mais, comme tout le monde ne peut être ni prince ni courtisan, -Baltasar Gracián invite tout un chacun, quel que soit son milieu de naissance ou le domaine propre de sa vie, à l’« héroïsme ».

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