Édito
Conversation sur les cages
© Charles Berberian pour PM
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Cet article est issu du numéro 85 de Philosophie magazine « 85 - décembre 2014-janvier 2015 », en kiosque le 27 novembre 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Récemment, j’ai eu une discussion philosophique assez serrée avec un ami à propos de la panthère des neiges de la ménagerie du Jardin des plantes, à Paris.
En effet, l’attitude de cette panthère m’a toujours paru merveilleuse. Non seulement elle est très belle, avec une fourrure beige pâle, des pattes cotonneuses qui semblent ne pas peser sur le sol, des pupilles couleur d’absinthe où passent des éclairs, mais elle m’apparaît comme un être complètement incapable de renoncement : mue par une force mystérieuse, elle arpente sans cesse sa cage, en jetant des regards de tous côtés, comme si elle guettait le moindre événement, la moindre ouverture qui lui permettrait de s’échapper. Placé dans la même situation, c’est-à-dire enfermé entre quatre parois, un humain a de bonnes chances de s’effondrer sur lui-même, de s’enfoncer dans un désespoir immobile, tandis qu’elle, en toutes saisons, continue de marcher sans relâche. Cela montre bien que c’est souvent par intoxication rationnelle que nous nous résignons, que nous cessons d’être en quête de liberté.