Entretien

Cyril Aslanov : « Le pronom “iel” ne traduit pas un usage réel »

Temps de lecture : 5 min

Cyril Aslanov : « Le pronom “iel” ne traduit pas un usage réel »

Cyril Aslanov. ©DR

Cet article est réservé aux abonnés.

Il ne faut pas confondre l’usage d’une langue vivante, et l’imposition d’une norme, qui traduirait davantage une volonté politique. C’est bien cette différence que souligne le linguiste Cyril Aslanov qui doute de la viabilité du pronom « iel ». 

 

Le débat suscité par l’introduction du pronom « iel » montre combien la langue française peut déchaîner les passions. Y a-t-il des langues qui ont recours à des pronoms ni féminins ni masculins ? 

Cyril Aslanov : Oui, le persan, le turc ou l’arménien sont des langues qui emploient « il » par défaut pour dire « il », « elle », « cela » : la différence sexuelle est alors abolie. N’oublions pas qu’en français, le pronom « tu » n’est ni masculin ni féminin, et cette absence de genre ne nous dérange pas, alors que les langues sémitiques distinguent l’adresse féminine de l’adresse masculine dans les formes de pronom personnel de la 2e personne du singulier : par exemple, l’hébreu at pour la 2e  personne du singulier au féminin a pour contrepartie ata au masculin. 

 

L’insertion d’un tel pronom dans un dictionnaire célèbre fera-t-elle autorité ? 

Un linguiste s’intéresse à tout ce qui a trait à la langue, aux usages linguistiques, et même aux fautes. Un enfant qui, par exemple, dit « des chevals » révèle au linguiste des mécanismes essentiels du système de la langue. Ce qui importe est la production de la langue par les populations qui l’emploient. Aussi le fait qu’à la suite d’une décision imposée par le haut pour des raisons idéologiques, un dictionnaire fasse le choix d’introduire un nouveau mot n’a pas d’incidence en soi pour le linguiste. En revanche, la sociolinguistique ou la glottopolitique [l’étude des politiques linguistiques] pourraient s’y intéresser. 

Cet article est réservé aux abonnés
Les concepts liés à cet article

MarxismePolitiquePostmodernismeSocialismeUtopie