Pop’philosophie

“The Dark Side of the Moon” de Pink Floyd, côté philo

Temps de lecture : 11 min

Illustration de couverture originale pour l’album “The Dark Side of the Moon” (1973), par le collectif de graphistes britanniques Hipgnosis pour le groupe Pink Floyd

Illustration de couverture originale pour l’album “The Dark Side of the Moon” (1973), par le collectif de graphistes britanniques Hipgnosis pour le groupe Pink Floyd.

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Le cultissime album des Pink Floyd est sorti il y a cinquante ans, en mars 1973. Écoulé à plus de 45 millions d’exemplaires, il est le troisième disque le plus vendu de tous les temps. Et si sa portée éminemment philosophique avait contribué à son immense succès ?


 

Le cinquantième anniversaire de The Dark Side of the Moon intervient dans un contexte explosif pour le groupe Pink Floyd. L’ancien bassiste et leader de la formation Roger Waters, connu pour son caractère bougon, vient d’intégralement ré-enregistrer l’album à un moment où ses prises de position en faveur de la Russie font des remous et où plusieurs de ses proches l’accusent de misogynie et d’antisémitisme. Expliquant son drôle de choix de proposer une relecture totale du chef-d’œuvre du groupe, Waters a expliqué au Telegraph que The Dark Side of the Moon était d’abord et avant tout son projet personnel, précisant : « Trop peu de gens saisissent le sens de ce que je voulais vraiment dire à l’époque. » Indépendamment de cet ensemble de comportements discutables, que voulait, donc, dire Waters avec ce huitième album studio des Pink Floyd ?

 

L’apogée de l’album-concept

Comme il l’expliquait déjà au magazine Rolling Stone en 2018, Roger Waters a très vite voulu donner un nouveau souffle au groupe après le départ de Syd Barrett (1946-2006), le premier chanteur et guitariste des Pink Floyd, parti pour de graves problèmes de santé mentale. À ce moment-là, dès 1968, explique Waters, « je voulais ramener le groupe, à coups de pieds et de cris, des frontières de l’espace de la fantaisie de Syd à mes préoccupations, qui étaient beaucoup plus politiques et philosophiques ». De fait, « The Dark Side of the Moon était l’expression d’une empathie politique, philosophique, humanitaire qui devait se manifester ». Après le départ de Barrett, on note petit à petit un passage chez les Pink Floyd d’un rock psychédélique, fait de mélodies aussi hypnotiques que tortueuses, à un rock également progressif dans lequel les albums deviennent de véritables pièces conceptuelles divisées en plusieurs mouvements. Atom Heart Mother (le fameux album à la vache) et Meddle, parus respectivement en 1970 et 1971, sont les premières tentatives réussies de proposer des albums-concepts. Mais c’est réellement avec The Dark Side of the Moon, sorti en 1973, que le concept se trouve également saisi et acclamé par le grand public.

Une adresse plus directe

Dans un entretien accordé en 2003 à l’occasion des trente ans de l’album, toujours à Rolling Stone, David Gilmour, l’actuel chanteur et guitariste du groupe, arrivé en remplacement de Syd Barrett, expliquait : « Je crois qu’alors, nous pensions tous – Roger le premier – que beaucoup des paroles que nous écrivions étaient un peu trop indirectes. Nous avions désormais le sentiment que les mots allaient enfin pouvoir être clairs, et précis. » Effectivement, les paroles des morceaux de The Dark Side of the Moon font mouche, abordant pêle-mêle les thèmes tragiques de l’aliénation, la vieillesse, la folie et la mort, dans la droite ligne du rock progressif, qui entend délaisser le divertissement du pop-rock avec une volonté affichée de conférer au genre rock une plus grande crédibilité artistique.

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