Société

De “La Cité des dames” de Christine de Pizan à “Tanaland” : pourquoi inventer des mondes sans hommes ?

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De “La Cité des dames” de Christine de Pizan à “Tanaland” : pourquoi inventer des mondes sans hommes ?

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« Tanaland » est un pays imaginaire inventé sur la plateforme vidéo TikTok, uniquement composé de femmes. L’idée séduit ou fait frémir, mais elle ne date pas d’hier. La Cité des dames, Herland, Les Guérillères : nous décryptons pour vous trois utopies sécessionnistes de cet acabit. 


 

C’est un coin de paradis version Barbie : Tanaland. Les seules habitantes autorisées sont des femmes. Elles s’y promènent librement en talons hauts, crop-top rose, jambes nues et maquillage exubérant. Ce n’est peut-être pas un hasard si ce pays fictif, né sur la plateforme TikTok, impulsé par l’influenceuse « hadja_bh2 », est inventé en France en plein pendant le procès Pélicot. La communauté des « Tanas » annonce vouloir se protéger des hommes et de leurs assauts, au point de rêver de plier bagage pour créer une communauté exclusivement féminine. Il s’agit par là d’en finir avec la violence, mais aussi avec l’insulte, le harcèlement et la dévalorisation. Le nom du lieu est issu du diminutif « puttana » (« putain » en italien), scandé par le rappeur Niska dans l’un de ses morceaux. « Tana » a été pendant quelque temps une insulte adressée aux femmes sur les réseaux sociaux. Les représentantes de cette tendance ont cherché à se réapproprier le stigmate, en créant une vaste communauté imaginaire de « Tanas ».

En finir avec l’insulte : “La Cité des dames”

Les femmes se font calomnier à longueur de journée. C’est également de ce constat que part la philosophe et poétesse médiévale Christine de Pizan (1364-1430) dans son livre La Cité des dames (1405). Elle relate notamment l’histoire d’une certaine « Claudia », « une patricienne romaine qui avait le goût des beaux et somptueux vêtements et des jolies parures ». Avec la langue de l’époque, Christine de Pizan explique que la jeune femme se voyait déjà, pour cette raison, affublée du qualificatif de « puttana » : « Comme elle était à cet égard beaucoup plus raffinée que toutes les autres Romaines, certains en tirèrent des conclusions défavorables pour sa vertu et préjudiciables à sa bonne renommée. » Cette façon d’insulter les femmes à cause de leur tenue, ou pour le simple fait qu’elles sont des femmes, est intolérable à la philosophe. Elle imagine donc une cité, « d’une beauté sans pareille », exclusivement composée de femmes, débarrassée par là même de l’insulte et de la calomnie.

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