Question éthique

Demain, tous cannibales ?

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Demain, tous cannibales ?

Le “Steak Ourobouros”, présenté à Londres le 20 octobre 2020. © Stuart C. Wilson/Getty Image/AFP

Et si, pour sauver la planète, nous nous mangions nous-mêmes ? N’entendez pas là que l’on se cuisinerait « les uns les autres », mais « que chacun se mangerait soi-même ». Impossible ? Dégoûtant ? Éthiquement inacceptable ? C’est pourtant ce que propose le projet Ouroboros Steak, dont des prototypes sont exposés au Design Museum de Londres, dans le cadre de la remise d’un prix artistique. Tirant son nom de représentations antiques (notamment égyptiennes) figurant un serpent qui se mord la queue, le « steak Ouroboros » est fabriqué à partir de cellules prélevées à l’intérieur des joues, auxquelles on ajoute ensuite du sérum de sang humain. Trois mois plus tard, après culture, un morceau de viande humaine est né. Cette innovation représente une alternative à l’élevage intensif, générateur de gaz à effet de serre, ainsi qu’à la viande artificielle, accusée d’entretenir la souffrance animale puisque produite à partir de fœtus de vache. 

 

 

La consommation de viande humaine artificielle relève-t-elle du cannibalisme ? Pour en finir avec la souffrance animale, faut-il que nous devenions nous-mêmes des nouveaux « sauvages » ? Le débat sur ce qui n’est aujourd’hui qu’une proposition embryonnaire promet d’être riche. 

Pour comprendre les enjeux que soulève l’hypothèse d’une mise sur le marché de viande humaine artificielle, nous avons interrogé Mondher Kilani, anthropologue et auteur d’un livre sur le cannibalisme, Du Goût de l’autre (Seuil, 2018).

Place au plat de résistance : l’entretien avec Mondher Kilani
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