Déracinée et intransigeante

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Cet article est issu du numéro 83 de Philosophie magazine « 83 - octobre 2014 », en kiosque le 25 septembre 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Simone Weil a refusé toute facilité et tout chemin tracé. Philosophe, ouvrière et mystique chrétienne, elle met en conformité sa vie et sa pensée… jusqu’à l’épuisement.

Simone Weil est née le 3 février 1909, à Paris. De parents juifs, très proche de son frère André, futur mathématicien de génie, elle suit au lycée Henri-IV les cours du philosophe Alain. Normalienne, agrégée de philosophie en 1931, elle enseigne au lycée du Puy où, parallèlement, elle soutient les chômeurs locaux par l’action syndicale. Auteur d’articles virulents contre le régime nazi et l’URSS communiste, elle signe également en 1934 les Réflexions sur les causes de la liberté et de l’oppression sociale, brûlot contre la civilisation capitaliste et technique qui asservit les ouvriers. Elle-même va épouser leur condition : entre décembre 1934 et août 1935, Simone Weil est successivement ouvrière sur presses, emballeuse et fraiseuse dans diverses usines ; la philosophe a alors l’impression d’être réduite à l’état humiliant de « bête de somme résignée ». Dans la foulée, au Portugal, elle connaît sa première expérience mystique, l’inclinant vers le christianisme comme « religion des esclaves »… Les engagements se multiplient : soutien aux républicains lors de la guerre d’Espagne, dénonciation du colonialisme, pacifisme affiché vis-à-vis des provocations de Hitler – mais Simone Weil finit par juger la guerre inéluctable. En 1940, la France occupée, elle gagne la zone libre et Marseille, où elle se lie à un réseau de résistance ; sur le plan spirituel, son « attente de Dieu » ne cesse de s’affermir, mais jusqu’au bout elle refusera de se convertir « officiellement » et de se faire baptiser – l’Église catholique étant pour elle une institution inique… Vient le temps de l’exil : après un court passage à New York, elle se rend en décembre 1942 à Londres, où elle obtient un poste de rédactrice dans les services civils de la France libre. Épuisée, cessant progressivement de s’alimenter et malade de la tuberculose, Simone Weil est transférée au sanatorium d’Ashford, dans le Kent. C’est là que cette philosophe, militante et mystique, à l’œuvre aussi originale qu’abondante, meurt le 24 août 1943, à 34 ans.

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