Des milliards de milliards d’étoiles… et moi

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Cet article est issu du numéro 9 de Philosophie magazine « 9 - mai 2007 », en kiosque le 26 avril 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Un problème agite les astrophysiciens, sous le nom de « principe anthropique » : les propriétés de la matière semblent avoir été ajustées pour permettre l’apparition de la vie. Avec ce débat, ressurgit un fantasme : depuis toujours, l’homme se voudrait au centre du cosmos. Une illusion ?

Nous, les Modernes, sommes-nous encore revenus de ce qui nous arrive depuis quatre siècles ? Pendant plus de deux mille ans, les Anciens avaient imaginé la Terre, immobile, au centre d’un cosmos ordonné et clos. Mais depuis Copernic et Galilée, une nouvelle hypothèse a fait de notre Terre une planète comme une autre, en rotation sur elle-même et autour du Soleil. Ce décentrement s’est accéléré du XVIe siècle à nos jours : les astronomes et les cosmologistes ont compris que le système solaire, et même notre galaxie, ne constituaient qu’une infime partie, apparemment très périphérique, au sein d’un Univers en expansion et contenant des milliards d’étoiles – nous en sommes actuellement à 70 000 milliards de milliards d’étoiles observables au télescope depuis la Terre. Devant cette immensité et l’hypothèse d’autres sources de vie dans l’Univers, il devient presque absurde de vouloir placer l’homme au sommet ou au centre de celui-ci. Dans un fameux passage de son Introduction à la psychanalyse, Sigmund Freud affirme que l’histoire de la modernité doit être comprise comme une série de blessures que le narcissisme humain a reçues depuis Galilée, jusqu’à la théorie de l’inconscient qui montre que l’homme n’est même pas totalement maître de lui-même.

Alors comment comprendre l’irruption, il y a une trentaine d’années, d’une nouvelle interrogation sur la place de l’homme dans l’Univers ? En 1974, l’astrophysicien britannique Brandon Carter formule le « principe anthropique », qui semble devoir réintroduire la question de la place de l’homme dans l’Univers au sein de la cosmologie contemporaine. Précisons immédiatement que le principe anthropique n’est pas le fruit de cerveaux superstitieux ni de cercles néoreligieux. C’est une hypothèse scientifique censée mieux nous faire comprendre la structure du réel. Mais ce nouveau concept nourrit depuis lors les disputes des cosmologistes. De quoi s’agit-il exactement ? D’un étonnement, né chez les scientifiques eux-mêmes en multipliant, depuis une cinquantaine d’années seulement, les confirmations expérimentales de la théorie du big bang. Ils se sont aperçus que l’apparition de la vie dans l’Univers, et donc la naissance d’un être capable de s’émerveiller du ciel étoilé au-dessus de sa tête, n’avait tenu qu’à un fil. La plus légère variation de certaines propriétés de la matière aurait définitivement interdit l’apparition d’une planète porteuse de vie. Imaginons ainsi que le rapport de la masse du proton et de celle du neutron soit très légèrement différent : ceci entraînerait l’instabilité du noyau atomique. Pas de noyau, pas d’étoiles et personne pour en parler. À tous les niveaux, du microscopique au macroscopique, les mesures semblent s’ajuster vers d’incroyables coïncidences.

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