Hors-série "Blaise Pascal, l’homme face à l’infini"
Descartes et Pascal. La preuve et la foi
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Descartes fut pour Pascal un adversaire intime. Leurs approches de Dieu comme de la nature portent la marque la plus visible de leur opposition. Éléments d’un dialogue fondamental au cœur du XVIIe siècle.
« Je ne puis pardonner à Descartes : il voudrait bien, dans toute la philosophie, se pouvoir passer de Dieu ; mais il n’a pu s’empêcher de lui donner une chiquenaude pour mettre le monde en mouvement ; après cela il n’a plus que faire de Dieu. » 1
Dans un éclair de génie, Pascal a vu, par-delà et même contre la lettre et l’esprit de la philosophie cartésienne, que l’avènement de celle-ci sonnait le glas du monopole théologico-religieux de Dieu. Avec Descartes, c’est la raison seule qui, par ses propres forces, se saisit de l’idée de Dieu pour en déduire l’existence et fonder sur elle l’ensemble des connaissances utiles à la vie de l’homme. La raison naturelle étant commune à tous les hommes, le Dieu dont n’importe qui peut démontrer l’existence et en comprendre la preuve avec plus d’évidence encore que les vérités géométriques, ce Dieu dont chaque homme porte la marque en lui par l’idée d’infini n’est pas le Dieu dont les religions se disputent la révélation exclusive, opposant ainsi les fidèles aux infidèles dans des conflits et des luttes sans merci. Le Dieu que Pascal oppose à celui des philosophes est un « Dieu sensible au cœur, non à la raison », un Dieu que l’on prie, non un Dieu dont on a une idée claire et distincte qui ne sauvera personne.