“Einstein, le dernier scientifique de son espèce”. Entretien avec Françoise Balibar
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Cet article est issu du numéro 95 de Philosophie magazine « La nature a-t-elle toujours raison ? », en kiosque le 03 décembre 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
La première édition de Comment je vois le monde paraît en 1933. Einstein en supervisera plusieurs autres jusqu’en 1952, ce qui explique qu’il y exprime des opinions parfois changeantes, notamment sur le pacifisme. Il s’agit d’abord d’un livre militant contre le nazisme, d’un témoignage sur l’Allemagne des années 1930 qu’Albert Einstein vient de quitter pour s’installer aux États-Unis, où un poste a été créé pour lui à l’Institut d’études avancées de Princeton. On y entend davantage l’homme, le citoyen du monde, voire le moraliste, que l’homme de science. C’est d’ailleurs ce qui compte le plus à ses yeux : “Ce qui est essentiel dans l’existence d’un homme comme moi, c’est ce qu’il pense et comment il le pense, et non ce qu’il fait et ce qu’il éprouve”, écrit-il dans son autobiographie de 1949.
« Ce qui est essentiel dans l’existence d’un homme comme moi, c’est ce qu’il pense et comment il le pense, et non ce qu’il fait et ce qu’il éprouve »
Albert Einstein
Einstein construit sa vision morale du monde au fur et à mesure des événements survenus dans le courant de sa vie. L’hostilité qu’il manifeste très tôt à l’encontre de l’institution militaire se transforme en militantisme pacifiste après la Première Guerre mondiale. Il faut se souvenir qu’Einstein quitte délibérément l’Allemagne à l’âge de 15 ans, pour éviter de devoir faire son service militaire dans l’armée du Kaiser dont il abhorre l’esprit et la discipline. Après ses études à l’école polytechnique de Zurich, il demande et obtient en 1901 la citoyenneté suisse, renonçant par là même à la nationalité allemande. De ce fait, il n’est pas incorporable au moment de la déclaration de guerre en 1914. Il passe donc une grande partie des années de guerre à Berlin, travaillant à l’élaboration de la théorie générale de la relativité.