Des classiques éclairent le présent

“Enseigner l’empathie” : qu’en pensent les philosophes ?

Temps de lecture : 4 min

“Enseigner l’empathie” : qu’en pensent les philosophes ?

De gauche à droite : Aristote, Jean-Jacques Rousseau, Arthur Schopenhauer et Frans de Waal. © Wikimedia Commons CC3.0

Cet article est réservé aux abonnés.

Afin de lutter contre le harcèlement scolaire, le nouveau ministre de l’Éducation nationale Gabriel Attal entend développer des « cours d’empathie ». Mais cette faculté peut-elle réellement s’enseigner ? Pour certains philosophes classiques, c’est exclu. Mais pour d’autres, on pourrait essayer. Suivez le guide.


Aristote : oui, par des spectacles

Face à une personne affligée par le malheur, deux passions peuvent, aux yeux d’Aristote, me saisir : la peur (phobos, φόβος) et la pitié (eleos, ἔλεος). Je peux éprouver à la fois l’envie de me tenir à distance par crainte qu’il ne m’arrive la même chose, qu’il y ait une contagion du malheur, et le désir de porter assistance au malheureux en allant à sa rencontre. L’empathie, ramenée du côté de la pitié, est donc un sentiment naturel, spontané, qui me vient sans que je l’aie décidé. Mais il est possible de la provoquer, de la faire volontairement advenir, et même de la transfigurer. C’est l’objet des procédés théâtraux, qui ont la capacité d’exciter la pitié en mettant en scène le malheur des personnages dans la tragédie : « En le mettant sous les yeux, ils font paraître le malheur proche » (Rhétorique). La tragédie pourrait alors être entendue comme une sorte de cours d’empathie, qui nous invite à ressentir cette émotion. Ceci dans un sens bien précis car « la tragédie est l’imitation d’une action grave […] opérant par la pitié et la terreur la purgation des passions de la même nature » (Poétique). C’est le sens de la catharsis : on me fait éprouver la peur et la pitié, émotions pénibles s’il en est, pour mieux m’en « purger » en les représentant de façon agréable. Grâce à elle, nous apprivoisons ces émotions, les dépassionnons un peu (puisqu’elles sont données comme une fiction) : à l’origine excessives, elles deviennent vertueuses.

Cet article est réservé aux abonnés
L’empathie peut-elle réellement faire l’objet d’un enseignement ?
Les concepts liés à cet article

EmpirismeFinalité InductionThéorie Transcendantal