Éric-Emmanuel Schmitt, Abdennour Bidar. Après la mort de Dieu…

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Cet article est issu du numéro 27 de Philosophie magazine « 27 - mars 2009 », en kiosque le 26 février 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Que reste-t-il de la croyance en l’absence de Dieu ? À cette question, l’« agnostique chrétien » Éric-Emmanuel Schmitt et l’« existentialiste musulman » Abdennour Bidar apportent chacun leur réponse. Ils montrent que le dialogue entre les religions, et entre athées et croyants, est possible… par la médiation de la philosophie.

L’un se définit comme un agnostique chrétien, délivré des impasses de la rationalité et de l’athéisme grâce à la lecture des grands textes spirituels et à l’écriture romanesque. Ses romans et ses pièces, traduits et adaptés dans le monde entier, que se disputent les plus grands acteurs, sont souvent des prétextes pour soumettre à un public élargi des questions éthiques et métaphysiques très simples. L’autre se présente comme un existentialiste musulman : revenu d’une aventure de jeunesse dans le soufisme, devenu professeur de philosophie à Nice, il s’est donné pour tâche de libérer l’Islam de la culture de la servitude grâce à la philosophie. Ils ont suivi un parcours opposé. Ils ont des tempéraments et des univers très différents. Et pourtant, ils se comprennent.

Agrégé de philosophie, spécialiste de Diderot, ancien maître de conférences à l’université de Savoie, Éric-Emmanuel Schmitt a profité du succès de ses premiers récits pour se consacrer à l’écriture et à la mise en scène. De La nuit de Valognes (Actes Sud, 1991), qui confronte Don Juan à ses anciennes victimes, à Ma vie avec Mozart (Albin Michel, 2005), en passant par Le Visiteur (Actes Sud, 1993), qui fait se rencontrer Freud et Dieu en 1938, il met en scène les grands esprits du passé se posant ses propres questions existentielles. Alors qu’il adapte au cinéma Oscar et la dame rose, il vient de publier Ulysse from Bagdad (Albin Michel), dans lequel il réinterprète l’Odyssée d’Homère dans l’Irak d’après Saddam Hussein.

Abdennour Bidar est professeur de philosophie en classes préparatoires à Sophia-Antipolis (près d’Antibes) et écrivain. Musulman français né en Auvergne, partagé dans sa jeunesse entre l’univers laïque de son grand-père communiste et l’univers religieux de sa mère convertie à l’islam, il défend aujourd’hui de manière audacieuse l’idée d’un existentialisme musulman, d’une pratique autonome de l’islam. Après un essai intitulé Un islam pour notre temps (Seuil, 2004) où il s’interrogeait sur les mutations de l’islam à l’épreuve de la modernité occidentale, il a raconté dans une autobiographie spirituelle, Self islam (Seuil, 2006), le chemin parfois douloureux qu’il a emprunté pour concilier en lui la raison philosophique et la croyance religieuse. Il publie aujourd’hui L’Islam sans soumission (Albin Michel), une lecture philosophique du Coran qui délivre la conception de l’homme musulman de tous les fanatismes et fondamentalismes.

 

Éric-Emmanuel Schmitt : Nos démarches sont différentes, mais elles se recoupent. Vous tentez d’accorder le Coran avec un socle philosophique universel, de rendre possible un humanisme musulman. J’adhère à cette ambition passionnante, à la fois dangereuse et nécessaire. Mon projet s’est construit sur un parcours inverse du vôtre. Je suis né et j’ai grandi dans un monde athée, dans le rejet, que je croyais définitif, de la religion. J’ai suivi des études à l’École normale supérieure qui ont renforcé mon incroyance. Jacques Derrida, le pape de la déconstruction, a été mon professeur lorsque je préparais l’agrégation de philosophie. Et puis j’ai peu à peu éprouvé un sentiment d’épuisement vis-à-vis de la rationalité, qui était incapable de répondre à mes questions. J’ai pris le parti de m’ouvrir à des suscitations non rationnelles : expériences artistiques, mystiques, confrontation avec les textes révélés. Je me définis aujourd’hui comme un agnostique chrétien. Agnostique, car je ne sais pas si dieu existe. Je crois que oui, mais cette croyance n’engendre aucun savoir. Chrétien, car je trouve dans les Évangiles une ressource éthique et spirituelle inépuisable.

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