“On est sûr de quoi quand on est sûr de soi ?”
© Séverine Scaglia
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Cet article est issu du numéro 124 de Philosophie magazine « Avons-nous besoin des élites ? », en kiosque le 25 octobre 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Question de Patricia Martin-Henry
J’adore votre question, chère Patricia, son rythme autant que tout ce qu’elle laisse entendre… Une chose est sûre : si l’on est simplement sûr de « soi » quand on est sûr de soi, on risque de vite déchanter… et de perdre sa confiance. Car la véritable confiance en soi est toujours en même temps confiance en autre chose que soi : l’action, les autres, la chance, l’expérience, la vie… Souvenez-vous, Patricia, de la dernière fois que vous avez eu vraiment confiance, que vous y êtes « allée », que vous vous êtes aventurée dans le réel, malgré le risque et l’incertitude, avec cette sorte d’audace tranquille qui caractérise précisément la confiance. Essayez de vous remémorer vos affects, votre état, votre manière de voir les choses. Aviez-vous vraiment confiance en « vous » ? N’aviez-vous pas au moins autant confiance dans le simple fait « d’y aller », de provoquer par le fait d’agir une rencontre avec le monde ou les autres possiblement heureuse ? Ce que l’on nomme « confiance en soi » ne recouvre-t-il pas alors une curiosité à l’égard du monde, du nouveau, de la vie ? L’expression, dans ce cas, serait bien mal trouvée puisqu’elle détournerait l’attention du véritable objet de la confiance.