Et si … la différence des sexes n’existait plus ?
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Cet article est issu du numéro 28 de Philosophie magazine « 28 - avril 2009 », en kiosque le 26 mars 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Poussée jusqu’au bout, la logique de l’égalité entre hommes et femmes pourrait aboutir selon Elsa Dorlin à une androgynie universelle… ou, mieux, à la démultiplication des genres.
Lorsqu’on imagine un monde d’où la différence des sexes aurait disparu, deux possibilités se présentent. La première : il n’y aurait plus qu’un sexe, celui des androgynes, individus sexuellement semblables ou indifférenciés. Aujourd’hui, cette idée suscite de nombreuses craintes, notamment chez les psychanalystes, mais celles-ci reposent sur trois ressorts qu’on peut aisément démonter. Tout d’abord, certains prédisent que la fin de la différence entraînera l’indifférence, l’essoufflement de la sexualité. Mais supposer que le désir disparaîtra avec la différence des sexes, c’est dire que la nature même du désir est l’hétérosexualité : c’est très problématique ! Je ne nie pas l’« hétéro-motricité » du désir, c’est-à-dire le fait que l’altérité en soit un moteur, mais il y a bien d’autres formes d’altérité que la différence des sexes. Ensuite, certains décrivent avec anxiété les signes avant-coureurs de l’émasculation des hommes et de la virilisation des femmes. Cette idée paranoïaque, secrètement liée aux thèses racistes sur la fin de l’Occident (symbole de la virilité grandiose, conquérante), est un piteux cache-sexe du refus de l’égalité : ce que l’on craint ici, c’est simplement le renversement de l’ordre sexuel traditionnel.