Expérience

Et si… plus personne ne mentait ?

Temps de lecture : 3 min

Et si… plus personne ne mentait ?

Statue du personnage de Pinocchio dans le parc d’attraction Walt Disney World, à Orlando en Floride (États-Unis), installée en 1990 à l’occasion des cinquante ans du dessin animé éponyme de la firme Disney. (cc) Camera Obscurist/Flickr

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 28 de Philosophie magazine « 28 - avril 2009 », en kiosque le 26 mars 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Cathal Morrow, suivant la recommandation de Kant, a décidé de ne pas mentir pendant un an. Fort de cette expérience, il décrit les destinées d’un monde où tous diraient la vérité.

 

Il y a maintenant six mois, j’ai arrêté de mentir. L’idée d’appliquer à la lettre l’interdiction kantienne du mensonge, d’un extrémisme presque ridicule, m’amusait beaucoup. Au bout du compte, cela n’a pas été sans mal. Mais ce que j’ai appris au cours de cette expérience me permet désormais de voir clairement les vertus et les vices cachés d’un monde où personne ne ment.

Au début, on croira que dire la vérité, c’est être honnête, dire tout ce qui nous passe par la tête, avec une préférence maligne pour les choses désagréables, bien évidemment. Il en résultera un état d’« anarchie honnête » absolument abominable. Contraints de dire ce qu’ils pensent, les hommes politiques perdront leurs principaux moyens d’action, la dissimulation et la diplomatie. Les familles commenceront à se désagréger : les maris avoueront à leurs épouses qu’ils en aiment une autre depuis toujours, elles le leur rendront bien, et les parents seront obligés de trahir le grand secret du Père Noël (eh non, il n’existe pas !). Dans le monde du travail, la guerre ouverte sera déclarée entre patrons et salariés, entre collègues, entre concurrents ; l’économie tout entière en sera affectée. Complètement détraquée, la vie sociale apparaîtra ainsi pour ce qu’elle est effectivement : une machine qui ne fonctionne qu’au prix de conventions, d’hypocrisies, de tabous et de renoncements.

Cet article est réservé aux abonnés