Politique / Populisme

Généalogie de la “politique post-vérité”

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Généalogie de la “politique post-vérité”

(cc) Pixabay / Lisette Brodey

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Cet article est issu du numéro 106 de Philosophie magazine « De quoi la gauche est-elle malade ? », en kiosque le 19 janvier 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Cette notion est devenue, depuis le Brexit et l’élection de Donald Trump, un véritable phénomène. Mais en quoi se distingue-t-elle du mensonge ? Réponses inspirées par celui qui a forgé ce concept, Steve Tesich, l’auteur du best-seller “Karoo”.

C’est la nouvelle notion du lexique politique. Discutée depuis le Brexit britannique et l’élection de Donald Trump par tous les analystes, promue « Mot de l’année 2016 » par l’Oxford Dictionnary, la post-truth politics (« politique de la post-vérité ») désigne un phénomène à l’œuvre dans l’ensemble des nations contemporaines, démocratiques ou autoritaires. Soit l’idée que, à l’heure où les peuples se sentent « lâchés » par les élites et où, dans le même temps, les nouveaux médias permettent à tous de s’exprimer, l’exigence de vérité en politique, entendue comme l’adéquation du discours à la réalité, passe au second plan par rapport aux passions et aux croyances.

Si, dès le lendemain du référendum sur le Brexit, le leader souverainiste Nigel Farage pouvait affirmer que sa promesse de récupérer 450 millions d’euros envoyés chaque semaine pour le budget de l’Union européenne était « une erreur faite par [son] camp », sans que cela ne choque ses supporters, c’est que ces mensonges avaient une fonction politique : celle d’exprimer le ras-le-bol d’une partie des classes populaires vis-à-vis des élites pro-européennes. Si Trump peut prétendre que le certificat de naissance de Barack Obama est faux, puis démentir ce mensonge sans provoquer de scandale, c’est que ces contre-vérités permettent de laisser libre cours à la haine raciale d’une partie de son électorat. Comme l’écrit l’Oxford Dictionnary, la post-truth politics, c’est le moment où « les faits objectifs ont moins d’influence dans la formation de l’opinion publique que les appels à l’émotion et aux croyances personnelles ».

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