Société
Fabien Jobard : "La police a cette faculté de nourrir sur son propre compte des mythologies dans laquelle elle finit par s’enfermer"
Fabien Jobard invité par L'Observatoire des pratiques policières, lors un séminaire à l'Université Jean-Jaurès, sur les pratiques policières pendant le mouvement des gilets jaunes en avril 2019. © Alain Pitton/NurPhoto via AFP
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Alors que plusieurs syndicats des forces de l’ordre appelaient mercredi à manifester, nous avons demandé à Fabien Jobard les raisons d’un malaise qui menace non seulement une profession, mais la société entière.
Plusieurs organisations syndicales représentatives des forces de l’ordre ont appelé à manifester mercredi 19 mai devant l’Assemblée nationale. D’où vient leur colère ?
Fabien Jobard : Le pouvoir politique multiplie les attitudes martiales et les mots durs à l’égard de la délinquance, mais le policier, à la hauteur du travail qu’il fournit, ne perçoit pas les effets de ces annonces. Si on observe les chiffres sur le long terme, on constate qu’en France, le taux de détention actuel est le plus élevé depuis la fin de la guerre. On voit également que la justice est plus sévère qu’auparavant. Mais pour le policier qui traite l’échelle locale de la délinquance, le trafic de drogue du coin de la rue est toujours là, malgré les interpellations. Il est très difficile pour lui d’établir un lien entre son travail personnel et les effets cumulatifs de la répression, qui sont uniquement visibles à l’échelle macroscopique. Il y a donc un sentiment d’impuissance, doublé d'une impression de duplicité de la part du pouvoir politique. Les policiers ont le sentiment d’être de bons vendeurs : on s’appuie sur eux comme on dégaine un paquet de lessive qui lave plus blanc que blanc, mais sans vraiment donner de véritables moyens ensuite. L’institution policière sert à gagner une campagne électorale, mais le sort des policiers n’est pris en compte par personne. Ils se plaignent d’être exposés à plus de violences : sans doute. En fait, ils sont exposés à la misère sociale, et ceci d’autant plus ces vingt dernières années que les services publics engagés sur ce front disparaissent. Il y a moins d’éducateurs, moins d’intervenants sociaux dans les quartiers. Le sentiment d’isolement est fort.